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Intime Festival : Miossec, sans trembler

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Voir un artiste sur scène au moment de la sortie de son premier album ne fera évidemment jamais le même effet que lorsqu'on le voit une quinzaine d'années plus tard, alors qu'il en a sorti une dizaine. L'effet de surprise et de nouveauté sont évidemment absents, mais l'univers de Miossec demeure puissant et fascinant.

Bon d'abord, petit apparté. On aurait presque envie de faire un sondage : combien de nos lecteurs connaissent Miossec ? En effet, à ce concert, la génération des 15-25 ans était quasiment absente, alors qu'on comptait quelques collégiens et... on ne rit pas, des plus petits encore. Et une majorité de trentenaires et de quadragénaires.

La musique et les paroles de l'artiste breton sont pourtant accessibles à tous et résonnent plus ou moins en chacun de nous à un moment ou à un autre de notre existence. Pas forcément pour le meilleur d'ailleurs : sombres, voire carrément noires et souvent déstabilisantes, les tranches de vie dépeintes dans les morceaux de Miossec ne sont pas très reluisantes et peuvent faire aussi mal qu'un coup de poing dans le ventre.

Alors, amer, Miossec ? Difficile de suivre toutes ces histoires déchirantes d'un morceau à l'autre, ou même d'un disque à l'autre : Est-ce du vécu personnel ? S'agit-il de la même femme ou d'une différente chaque fois (ça fait un paquet de conquêtes, si c'est ça !) ? Chacun peut fantasmer à sa guise sur la vie privée de Miossec, l'essentiel est ailleurs. La souffrance en tout cas est palpable, dans les manières de chanter et dans les regards (jouant sur pas mal de registres, de la colère à la résignation, en passant par l'ironie et la nonchalance), comme dans les mots souvent crus.

La marque de fabrique de Miossec de départ, c'est bien ça : chanter comme on gueule un bon coup lorsque tout va mal. Mais avec une plume bien affûtée, signe d'un grand auteur qui emploie des gros mots sans jamais être vulgaire (il vient même de recevoir le titre de Chevalier des Arts et des Lettres, c'est pour vous dire).

La misère affective, sentimentale, morale décrite par Miossec dans une grande partie de ses chansons se fait l'écho diabolique de l'ordinaire des ratages amoureux, des moments où on se trouve nul, d'autres où on se sent surpuissant, d'autres où absolument rien ne se passe, où l'existence paraît être un vide abyssal.

On en voit déjà qui partent en courant en se disant qu'ils n'écouteront jamais ça ! Et bien si, justement : cet univers est fascinant et malgré le tableau apocalyptique qu'on vient de vous peindre, il y a cette volonté de vivre, de survivre, de se relever, toujours et malgré tout. L'œuvre de Miossec constitue une magnifique leçon de courage face aux multiples vicissitudes de la condition humaine.

Il y a aussi le côté marin de Miossec, cette voix du Finistère (il est brestois d'origine) qui, bien qu'à des kilomètres de la musique bretonne traditionnelle, sent quand même les embruns et les forces de la nature, les longs voyages tumultueux, les terribles tempêtes, mais aussi le calme après ces tempêtes, cette petite lueur impénétrable qui nous maintient en vie contre vents et marées.

Enchaînant les titres quasiment sans intermède et sans un mot, Miossec bâtit son spectacle pierre par pierre, avec une fragilité latente et une détermination touchante et il finit par nous emmener très loin, soutenu par une rythmique balèse et intouchable, à la fois très rock et très années 80, digne héritage de Bashung, un autre écorché vif qui manque tant à la scène française.

Imaginer une seconde, quand on est ado, que Miossec est un groupe de vieux et passer à côté, serait une erreur monumentale...

Approfondir... sans attendre

> Quatre morceaux sélectionnés par la rédaction dans le lecteur Deezer à gauche de cet article !

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