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Rencontre avec... Cordeone. Le génie près de chez vous.

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cordeoneQuand on fait écouter un morceau de Cordeone à des experts en musique, difficile de leur faire avaler qu’il s’agit d’un premier album autoproduit composé et interprété par un mec tout seul (ou presque) quasiment inconnu. A l’heure où le multiculturalisme n’a jamais autant été attaqué, Cordeone joue avec les genres et surfe sur les influences tout en imposant un style unique, assumé et abouti.

A la terrasse du café où nous rencontrons Loïc Da Silva, les amis passent et font bonjour de loin, ou s’arrêtent carrément et tapent la bise : des danseurs de capoeira, une célèbre programmatrice de concerts, une journaliste... Vite, vite, on va se le faire kidnapper avant même d’avoir commencé l’interview !

Né à Chambray-les-Tours, Loïc est d’origine portugaise et a grandi dans les tours de la Rabaterie à Saint-Pierre des Corps. C’est d’ailleurs là-bas qu’il demande leur avis à ses amis d’enfance (qui l’ont toujours un peu chambré avec son accordéon !) et qu’il a déniché son mentor sonore, un certain Abdel, pierre indispensable au - déjà - solide édifice Cordeone.

Quand on essaie de lui expliquer qu’il vient de sortir un disque énorme, où pas la moindre mesure n’est à jeter, il n’a pas l’air de réaliser : il fait juste ce qu’il sent qu’il a à faire. Tranquille.

Attaquant funk classique, puis virant raggamuffin, et enfin reggae, la première minute parfaitement orchestrée d’ “Unido” le morceau d’ouverture laisse pourtant présager le pire : on admire la maîtrise, mais on craint le disque fourre-tout qui part dans tous les sens. Pourtant, au bout de 4 ou 5 morceaux, l’univers complexe de Cordeone se construit tranquillement, se laisse apprivoiser, et multiplicité finit par rimer avec cohérence et unicité.

Dès les premières mesures de “K Vida” l’un des morceaux les plus marquants de l’album, un (faux ?) sample annonce la couleur  : “Chaque année, plus de 10 000 Tos franchissaient frauduleusement la frontière”; allusion (?) aux années 1960 où ce sont en fait plus de 600 000 Portugais en dix ans, qui sont venus apporter un peu de soleil chez nous.

Guitare acoustique, samples, petit bout d’accordéon, groove basse/batterie électro bien posé, humour, revendications pacifiques, petite pique à la “France terre d’accueil”, puis superbe phrasé en portugais : toute la marque de fabrique Cordeone est là, ou presque...

Epaulé par un ingénieur du son particulièrement inspiré, il ne cessera plus, au fil des minutes, de surprendre les oreilles les plus repues et blasées. Après 10 morceaux, vous ne savez plus trop où vous habitez !

“Le plus dur pour moi, dans mon parcours musical, a été de faire des choix. J’ai eu la chance d’avoir une formation classique, puis de participer à des tas de projets dans des styles très différents. Chaque fois, je m’y suis mis vraiment à fond : dans chaque genre, j’écoutais pendant des heures ce qui se faisait de mieux, les grandes références.”

Ce perfectionnisme et cette soif de culture musicale aboutissent à un métissage complexe approfondi, et non à un musicien labellisé ceci ou cela qui ajoute une petite touche de funk ou de bossa pour faire joli.

“Je n’avais pas envie d’un ènième projet World Music, j’ai des choses à dire et à faire. Ma musique est la somme de mes goûts, de mes envies et de mes expériences, pas un concept.”

Les arrangements millimétrés, les collaborations musicales pointues avec quelques amis musiciens apportent un plus à Cordeone et à son premier album, pour au final, avoir l’impression d’entendre le troisième ou quatrième album d’un artiste accompli et reconnu.

“Je viens juste de commencer à m’occuper de la promo. J’ai rencontré un tourneur la semaine dernière et signé un contrat avec lui, j’avance doucement. Mon CD est surtout vendu à la fin des concerts, mais il est distribué dans quelques magasins de disques et disponible sur les plateformes de téléchargement.”

Seul petit bémol dans notre (grand) enthousiasme : le discours cité/social des petites parties en français sont très convenues et manquent souvent de profondeur et d’originalité. Le phrasé aérien de Loïc et la musicalité de la langue portugaise, et son mystère impénétrable (puisque la plupart d’entre nous ne parlent pas cette langue), semblent mieux convenir à l’originalité globale du style Cordeone.

Malgré tout, force est de constater que certains passages de rap français restent terriblement séduisants et font partie intégrante de la patte Cordeone, notamment sur l’époustouflant “Na Rua” - où le texte est tout de même au-dessus du lot -, tube en puissance de “Vida”, qui puise sa force monumentale sur un groove lancinant, un flow type rap US, des scratches old school et une petite guitare solo à la Paco de Lucia.

Après un bridge rafraîchissant, teinté de chœurs impeccables, le rap français surgit, donc, radical, suivi d’un final soul à la Fugees, tout en finesse. Du grand art !

“Heu, ça fait moins branleur sans les lunettes, non ?” demande naïvement Loïc avant la séance photo, entre deux gorgées de Pago Tropical. On a bien fait d’en profiter, car selon toute logique, et si Bob le tourneur fait bien son boulot, dans quelques mois, quand Cordeone s’installera à une terrasse de café, avec ou sans lunettes de soleil, ce sera l’émeute.


Approfondir

> quelques morceaux de l’album sur notre playlist Deezer, disponible sur la colonne de gauche de ce site

> album entier sur Deezer (http://www.deezer.com/en/index.php#music/cordeone/vida-753791) mais si vous aimez, soutenez-le concrètement en l’achetant sur I-Tunes !

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