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Cinéma : nous avons vu... Black Swan

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black_swanN'écoutez pas ce que tout le monde dit : Black Swan n'est pas un film sur la danse. C'est un film sur la différence entre le sport et l'art, sur la maternité castratrice, sur la force inouïe de la création artistique (quelle qu'elle soit) et surtout, c'est un film qui propose un regard intéressant sur l'accomplissement (brutal) de soi qui permet de passer de l'enfance à l'âge adulte. Et pourtant, bof, bof, bof...



Peu importe l'âge de la danseuse incarnée par Natalie Portman. On sait juste qu'elle n'a “plus 12 ans” - c'est elle qui le dit. D'ailleurs elle le prouve : elle casse sa petite boîte à musique et jette ses peluches dans le vide-ordures (l'un des nombreux clichés symboliques bien nazes de ce film). En tout cas, à la fin du film, ce sera une vraie femme. Une vraie de vraie. On y reviendra.

Bref, on vous résume le scenario : ça se passe à New York, nous sommes plongés au coeur (jusqu'à l'asphyxie) de la vie quotidienne d'une compagnie de danse - à dominante classique visiblement - et surtout de l'une de ses danseuses qui vit chez sa maman et qui va obtenir le premier rôle dans le Lac des Cygnes, oh mon Dieu, que c'est émouvant.

Où ça se corse, c'est que la demoiselle n'est pas vraiment faite pour le rôle (il suffit de voir la mine dépitée de Vincent Cassel à chaque répétition, vous ne pouvez pas le rater, ce plan se repète une demi-douzaine de fois) et que personne - à part elle, et encore on se demande - n'est content qu'elle l'ait obtenu !

Sa mère, jalouse et castratrice, qui a eu une carrière de danseuse en demi-teinte et veille sur sa progéniture comme si elle avait 6 mois, est la première à ne pas le supporter, jusqu'à l'empêcher de partir le jour de la première parce qu'elle est fatiguée, après avoir appelé l'école... heu pardon, le directeur de la compagnie, pour dire que sa fille serait absente.

Il y a aussi l'ex-étoile de la compagnie qui prend sa retraite la mort dans l'âme et ne supporte pas d'être remplacée, la pauvre choute. Là encore, le cliché de la star déchue qui boit et finit par se mutiler ne tient pas debout trois minutes. Enfin, il y a toutes les autres danseuses qui font semblant de la féliciter, mais qui rêvent secrètement qu'elle se plante - c'est bien connu, la danse est un monde de pourries (vous apprécierez le “e” !), comme si les autres milieux artistiques et professionnels ne l'étaient pas. Et bing ! Recliché.

Nina se heurte aussi à une autre danseuse qui la piègera pour tenter de prendre sa place, enfin on ne sait pas trop, finalement, parce que pour couronner le tout, il y a de la paranoïa dans l'air et le réalisateur joue avec cette ambiguité (et avec nos nerfs) jusqu'à partir dans tous les sens.

A la fin, Nina zigouille cette rivale (qui, elle, n'a pas froid aux yeux, d'ailleurs elle couche avec le chorégraphe et pas Nina... au secours !) dans sa loge avec un casseau de verre entre deux actes (il paraît que ça déstresse à mort de zigouiller quelqu'un quand on a le trac !), mais finalement, non, c'est elle qui a un casseau de verre dans le ventre. Ce qui, vous en conviendrez, est super pratique pour danser un rôle de soliste. Pourtant Nina y arrive et ce n'est qu'à la fin du spectacle qu'elle se met à saigner très fort et qu'elle meurt. Ah oui ! Une dernière chose : tout le long du film, elle a des rougeurs dans le dos et des saignements aux doigts. On s'inquiète avec elle et sa mère et on se dit qu'elle va peut-être apprendre qu'elle a une maladie grave et qu'elle ne pourra pas jouer le rôle...

Rassurez-vous ! C'est juste des plumes et des griffes qui commencent à pousser. Pas de quoi fouetter un chat. C'est juste parce qu'elle va se transformer en cygne, comme dans le scenario du ballet qu'elle joue. C'est une image, quoi : elle s'investit tellement dans son rôle qu'elle devient son personnage. Super beau et super original, non ? Heu... non.

Paradoxalement, la photographie, l'ambiance et les décors sont superbes. Le casting, proche de la perfection. Les dialogues, affûtés et plutôt bien écrits. Certaines thématiques sont très réussies, notamment celle de la mère étouffante et de la dépersonnalisation des danseuses de haut-niveau (“Qui es-tu ?” demande un mec en boîte à Nina ; “Je suis danseuse” elle répond ; lui : “Heu, non, je veux dire comment tu t'appelles ?”).

En conlusion : c'est un bon film, qui aurait pu être un grand film.

Approfondir
> la bande-annonce - un petit chef d'oeuvre, elle - (en VO, bossez donc un peu votre anglais au passage !)
http://www.youtube.com/watch?v=4ImE8QP0Hq4

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