Cinéma : nous avons vu... Ma part du gâteau
Écrit par la rédac' Mercredi, 23 Mars 2011 20:21
Après ses deux énormes succès qui vont repasser pendant 30 ans tous les ans à la télé - L’Auberge Espagnole et Les Poupées Russes - Cédric Klapisch s’attaque à un thème social d’actualité : les traders qui font joujou avec la vie des employés des entreprises qu’ils détruisent, en appuyant sur des boutons. Contrairement à ce que sa bande-annonce peut laisser penser, cette comédie romantique, bien écrite et rondement menée, laisse une impression durable.
Sujet prévisible, dénouement sans surprise, dialogues bien sentis mais souvent téléphonés... Tout est réuni pour faire de ce film bourré de bonnes intentions (le méchant trader contre les gentils ouvriers) le parfait navet. Pourtant, Klapisch s’en sort haut la main. Comment ?
Casting, rythme, cadrages, musique, lumière : les petits secrets et la marque de fabrique de Klapisch sauvent la mise. Sans jamais tomber dans l’humour lourdingue, ni dans le pathos tire-larme, il joue sur ce parfait équilibre pour nous plonger dans un monde réaliste et attachant.
Grâce à cet absence de clichés et d’artifice, le goût qui reste à la fin est finalement assez amer : pas besoin de se forcer pour y croire, OUI, une poignée de grands enfants gâtés de 30-35 ans en costume-cravate peuvent d’un coup de tête - et en quelques minutes - gagner quelques millions et détruire plusieurs milliers d’emplois.
“Moi, la réalité, je l’emmerde !” Si on devait résumer les choses en une phrase, ce serait bien celle-là. Ce trader cynique est incapable d’aimer son fils, d’être correct plus d’une heure d’affilée avec une femme, de repasser une chemise et d’imaginer le quotidien d’une personne qui gagne 1 000 euros par mois. Il vit en effet hors de la réalité.
La débauche d’argent mise en scène par Klapisch n’est jamais caricaturale, même si elle nous le laisse subtilement croire. Quand le trader dit à la - magnifique - Karin Viard, sa femme de ménage qu’il va peu à peu élever au rang de femme de compagnie et baby-sitter, qu’il ne savait plus s’il avait dit qu’il la paierait 100 ou 200 euros par jour, un bref silence permet à chaque spectateur de mesurer l’arbitraire surréaliste permanent qui régit le monde économique.
Autre exemple patent, lorsque ce grand gamin qui passe ses journées les yeux rivés sur les écrans du CAC40 et du Nasdaq, emmène sa nouvelle conquête à Venise en jet privé. Avant même que le petit séjour tourne vinaigre, on a déjà la nausée et des images ultra-cliché habituellement conçues pour faire rêver le spectacteur de base nous donnent la nausée et nous dégoûteraient presque pour toujours de ce décor qui sonne si faux...
C’est sur ce genre de détails que Klapisch, en douceur, impose sa patte et nous raconte avec autant de sobriété que de détachement, que l’argent ne fait pas le bonheur. Pas besoin de morale à deux balles pour nous le démontrer, ni de lourdes insistances. C’est d’ailleurs cette absence de jugement facile qui fait mouche.
La caméra de Klapisch se pose comme une plume sur tout un tas de stéréotypes et nous emmène au cinéma, avant de nous emmener au spectacle ou à la revendication poussive. Même la fin est réussie. C’est vous dire comme il est fort !
Approfondir
> bande annonce : http://www.youtube.com/watch?v=TZFhc9hU5sk











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