Cinéma : nous avons vu... True Grit
Écrit par la rédac' Mercredi, 16 Mars 2011 23:42
Alors que certains viennent encore de céder à la trop facile “Journée de la femme” (qui, bourrée de bonnes intentions, sous-entend forcément et quoi qu’on en dise, que la femme est une sous-catégorie de la population), un film décapant passe sur les grands écrans : l’histoire d’une fille de 14 ans qui fait des bras d’honneur efficaces à tout un tas de mecs, méchants ET “gentils”. Jubilatoire et férocement féministe !
Bon, on vous l’accorde, la toute fin du film qui montre la petite fille devenue grande vient quelque peu contredire ce qu’on vient d’écrire. L’héroïne est une vieille fille, sans enfants donc, et on ne peut s’empêcher de penser, au mieux à du féminisme d’arrière-garde, au pire à une pointe de machisme sur l’air de “elle passe sa vie seule et sans famille, ça lui apprendra à être comme ça !”.
On ne peut pas vraiment reprocher aux - fabuleux, une fois de plus - frères Coen cette petite anicroche, puisque le film s’inspire d’un livre datant de 1968, époque où la femme américaine commençait à briller dans les premières pubs de machines à laver.
Le synopsis est classique, dans le genre western : une vengeance et une course poursuite pendant quasiment tout le film, puis un épilogue plus ou moins “heureux”. On en voit déjà qui partent en courant rien qu’en voyant le mot “western”, pensant immédiatement à des vieux machins en noir et blanc, avec des cow-boys, des indiens, des effets spéciaux à deux balles et des dialogues ultra-bourrins (sans parler de la musique et des costumes ultra-ringards).
D’une part, ce préjugé est regrettable car les westerns ne sont pas nécessairement des films “de vieux” ennuyeux et clichés. D’autre part, c’est quand même un film des frères Coen, c’est-à-dire deux cinéastes américains parmi les plus décalés et talentueux de leur génération (ils ont environ 55 ans).
Ceux qui ont vu Fargo, Barton Fink, The Big Lebowski ou le très inquiétant et plus récent No Country for Old Men, savent en gros à quoi s’attendre et se jettent aveuglément sur toute nouvelle production du duo. Les autres doivent faire une séance de rattrapage d’urgence !
Des dialogues coupés au couteau, des plans toujours un tout petit peu trop longs sur une situation, un visage, ou encore rien du tout ; des personnages improbables qui disparaissent aussi vite qu’ils apparaissent... Tout cet équipement cinématographique imprime un rythme perturbant au film qui, bien que reprenant les incontournables du genre, vous entraîne dans un monde cru et poétique.
Cette gamine (jeune fille ? jeune femme ? femme ?) tient tête à toute la ribambelle d’hommes plus ou moins cinglés et/ou amochés par une vie impossible qu’elle croise sur son chemin.
Au fur et à mesure du film, les bonnes intentions volent en éclat. Les deux chasseurs de primes qui l’accompagnent veulent trouver le meurtrier de son père afin qu’il soit jugé au Texas pour le meurtre d’un personnage beaucoup plus important : un sénateur. Normal, la prime offerte est beaucoup plus élevée que celle de la gamine. Elle, elle voudrait que ce meurtrier soit jugé pour la mort de son père, pas de ce sénateur.
Toutes ces louables intentions de Mattie Ross (avec l’accent américain, ça donne à peu près “Maddie Rass”), en finalité, ne serviront à rien du tout puisqu’elle va se charger elle-même du jugement, en abattant ce monsieur au milieu de nulle part.
Les images sont superbes et d’une grande variété de couleurs et de lumières, la bande-son sort du registre habituel tout en restant adaptée au sujet, certaines scènes sont grandioses et inoubliables : à titre d’exemple, le procès du marshal à qui on reproche d’avoir tué beaucoup de monde est la quintessence du cinéma (et du génie) des frères Coen.
On est plongés pendant deux heures dans un monde tantôt trash, surréaliste, hostile, féérique, gore, mais pourtant terriblement “normal” et hyper chaleureux. On n’a pas envie que ça s’arrête, on se sent super bien dans ce joyeux bazar.
Jamais en reste d’une déconvenue pour balader leurs spectateurs à leur guise, les frères Coen nous enfoncent un couteau dans le cœur à la fin, lorsque Mattie devenue vieille, fait face à un passé définitivement révolu (celui du film qu’on vient de voir). L’occasion de dernières images somptueuses, épurées, aux limites du conte et de certains films d’animation.
Approfondir
La bande-annonce longue en VO non sous-titrée, pour le plaisir pur des voix exceptionnelles des comédiens de ce film (Matt Damon, Jeff Bridges...)
> http://www.youtube.com/watch?v=CdJu5SX1iZo&NR=1&feature=fvwp











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