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Vous êtes ici :  Accueil Actus et reportages Culture & médias Le vieux qui a tout compris aux jeunes

Le vieux qui a tout compris aux jeunes

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affiche Riad Sattouf n’est sur le devant de la scène que depuis quelques semaines avec la sortie de son premier film “Les beaux gosses”, plongée au coeur des questions existentielles des collégiens, à la fois drôle, juste et tendre.
Pourtant, il ne sort pas de nulle part : ses chroniques dessinées publiées chaque semaine dans Charlie Hebdo (“La vie secrète des jeunes”) et ses albums BDs (Jérémie, Retour au Collège...) en font depuis une dizaine d’années déjà l’un des regards les plus brillants sur l’adolescence française d’aujourd’hui.

Il ne serait peut-être pas content de se faire appeler “vieux”, pourtant force est de reconnaître que pour la majorité de ses personnages, un mec qui a dépassé la trentaine n’est plus un jeune (Sattouf a 31 ans, bingo !)

Pour tenter de conjurer le sort de l’âge, Riad Sattouf a d’ailleurs réalisé une expérience un peu spéciale il y a quelques années en convainquant le principal d’un collège d’Ile de France de s’installer pendant quelques semaines au fond d’une classe de 4ème. Résultat : un album de BD délicieux, mi-reportage, mi-délire égocentrique d’un mec qui finit par ne plus s’y retrouver entre présent et passé, entre l’adulte qui n’a rien à faire là et l’ado qui sommeille en lui et le hante.

Sattouf aurait pu, comme nombre de ses fans lui ont suggéré, adapter au cinéma l’un de ses personnages de BD (Jérémie, Pascal Brutal...), mais il a choisi d’écrire une oeuvre originale pour ce premier film haut en couleurs, qui ne sera sans doute pas le dernier.

Il faut dire que le thème de prédilection de Riad Sattouf, les obsessions et les difficultés de l’adolescence masculine, est une source d’inspiration intarissable, surtout quand on le maîtrise avec autant de talent et de perspicacité.

Il suffit de lire quelques épisodes de “La vie secrète des jeunes”, des comic strips de 8 images qui racontent des tranches de vie “volées” dansdes lieux publics, pour voir à quel point Riad Sattouf a un sens très affuté de l’observation.

Beaucoup de lecteurs sont souvent incrédules et affirment qu’il invente. A tel point que dans sa préface, Sattouf est obligé d’en remettre une couche : “Je n’ai jamais inventé la moindre de ces histoires. Tout est absolument véridique. (...) Je vois des trucs et j’essaie de les raconter.”

Entre attendrissement, énervement, dégoût et inquiétude, la lecture de “La vie secrète des jeunes” ne laisse jamais indifférent : ces saynètes modernes reflètent simplement et cruellement notre société et ses travers (ignorance, violence conjugale, société d’hyper consommation, appauvrissement du langage, incommunicabilité...), tout en montrant l’humanité nue, qui peut s’avérer soudain magnifique.

De nombreux sociologues pourraient s’en inspirer, comme d’une immense base de données d’instants capturés et immortalisés alors qu’ils n’ont a priori aucun intérêt particulier.
 
La prochaine fois que vous vous engueulez dans le bus avec votre meilleur ami ou que vous racontez votre dernier cours de maths à votre maman dans les rayons du supermarché, méfiez-vous : le petit brun assis à côté de vous ou celui qui fouille dans les yaourts deux mètres plus loin s’appelle peut-être Riad Sattouf !

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