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MILLENIUM : film assez réussi, adaptation complètement ratée

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milleniumLorsqu’on veut à tout prix transposer un roman au cinéma, on déçoit souvent le lecteur.
Millenium, sorti le 13 mai dernier sur les écrans, n’échappe pas à la règle et entre même dans la catégorie supérieure : celle des films qui trahissent l’auteur du livre et donnent une interprétation tellement personnelle de l’histoire qu’ils en oublient l’essentiel. Si vous allez voir Millenium et que vous ne comprenez rien au film, rassurez-vous : le réalisateur n’a rien compris au livre de Stieg Larsson qui doit (déjà !) se retourner dans sa tombe.

Malgré un casting honorable, voire excellent pour les deux personnages principaux, Lisbeth et Mikael, “Millenium 1 / Les hommes qui n’aimaient pas les femmes” n’arrive pas, en 2h30, à restituer ce qui a fait en grande partie la réussite planétaire du roman du même nom.

Cette histoire repose sur des personnages et des relations complexes, le joli portrait d’un magazine indépendant (Millenium), un lieu énigmatique (Hedeby), un personnage complexe (Henrik Vanger) flanqué d’un avocat intéressant (Dirch Frode).

Le film passe totalement à côté de la plupart de ces ingrédients : le lieu est fade, mal filmé, le quotidien de Mikael qui va faire ses petites courses et s’installe au café du coin pour bosser sur son dossier est totalement occulté. Ses nombreux entretiens avec Henrik Vanger sont absents, Dirch Frode est transparent, Erika Berger qui joue un rôle très important dans le roman est tout bonnement évincée du film, à peine bonne à des regards de nunuche admirative devant le héros Blomkvist, quant aux recherches, elles ressemblent plus à des pubs pour Apple qu’à un profond plongeon dans l’intimité des membres d’une famille compliquée.

Le summum de la trahison de l’oeuvre de Stieg Larsson réside sans doute dans le personnage de Blomkvist : ses interrogations, sa déontologie de journaliste et, surtout, son horrible compromission lorsque Dirch Frode lui fait comprendre qu’il doit “enterrer” l’affaire pour sauver l’image de l’entreprise Vanger, sont des éléments essentiels que le réalisateur a cru bon virer (dans le film, Blomkvist appelle la police et leur indique le sous-sol de Martin Vanger, chose inimaginable dans le roman et au coeur de la personnalité hors-du-commun de ce personnage.)

Le charme du roman, c’est aussi la lenteur, l’installation d’une ambiance, les coulisses d’un magazine d’information, des appartements à Stockholm. Or, le film va à 100 à l’heure et se concentre uniquement sur l’enquête, et encore, sans créer de véritable suspens, donnant beaucoup trop de clés, beaucoup trop tôt, survolant les personnages, les lieux, la complexité des relations entre les uns et les autres.

D’une fable contemporaine, touchant au pouvoir, aux médias, à l’indépendance, à l’isolement, aux rapports humains, le film a fait de Millenium un simple bon polar avec deux personnages attachants et une obsession sur celui de Lisbeth Salander, particulièrement réussi, et les scènes de violence, également bien restituées.

En attendant (et en espérant) que les ayants-droits de Stieg Larsson aient la bonne idée de confier rapidement la prochaine adaptation de la trilogie à un cinéaste de grand renom, nous vous conseillons, si ce n’est déjà fait, de lire le livre plutôt que d’aller voir le film et, si vous avez lu le livre, de ne surtout pas aller voir le film.

Il y a en effet fort à parier que les images de lecteur que vous vous serez patiemment fabriquées soient bien meilleures que celles qui inondent actuellement les écrans des salles de cinéma, à grand renfort de stratégie marketing...

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