Palme d'or... de la complaisance ?
Écrit par la rédac' Mardi, 14 Octobre 2008 13:02
“Entre les murs”, c’est ce film dont vous avez forcément entendu parler et que vous avez même sûrement vu, puisqu’il a cartonné dès sa première semaine de sortie avec 450 000 entrées. Alors, film noir ou comédie dramatique ? Fiction réaliste ou faux reportage ?Quoi qu’il en soit, c’est un film qui fait réagir, entre réalité crue et scènes à l’eau de rose, entre prof un peu trop génial et élèves agaçants, mais attachants, mais très agaçants quand même... difficile de savoir où le réalisateur veut en venir. Bien sûr qu’il faut aller le voir ! Bien sûr que vous allez rigoler parce que tel ou tel élève vous rappellera forcément un ou une camarade de classe que vous trouvez sympa, mais un peu saoûlant(e) des fois. Mais en finalité, “Entre les murs” n’est pourtant pas un film drôle. D’ailleurs, ce n’est pas son but, enfin a priori, non.
Il dresse un état des lieux bien sombre (et dans une certaine mesure bien réel) de la situation de certains collèges aujourd’hui en France : enfants paumés, parents absents ou irresponsables, profs désemparés, système éducatif inadapté...
Le sentiment de malaise qui ressort du film est tout de même ponctué de moments lumineux, pleins d’espoir... mais on a souvent du mal à y croire. Le prof de français idéal, déjà : ouvert, jeune “dans sa tête”, cultivé, proche de ses élèves, dynamique, créatif, toujours de bonne humeur, mignon, habillé cool mais classe. Bien sûr, ça existe, mais bon...
Evidemment, on est un peu écoeuré de voir que malgré ses efforts et son souci de proximité avec les centres d’intérêt de ses élèves, il est finalement rejeté de la même manière que le serait un prof traditionnel et ennuyeux. “M’sieur, je vous rappelle que vous êtes là pour nous donner des cours de français, pas pour parler de nos problèmes et des règles des filles.” Et pan, dans les dents ! De quoi vous donner envie de faire bouffer à vos élèves 10h de grammaire d’affilée !
En effet, ce Superprof se fait prendre à son propre piège, il finit par lasser (ses élèves et les spectateurs, ce qui revient parfois au même tellement les grosses ficelles de son jeu dépassent de partout) et il finit par déraper, en franchissant le Rubicon : insulter un élève devant toute une classe reste, en toutes circonstances, un acte brutal et inacceptable.
Bien sûr c’est une fiction, et on peut toujours dire que “c’est du cinéma” en réaction à des critiques quant à l’improbabilité de l’existence d’un tel enseignant et d’un tel enseignement.
Que dire alors des élèves ? Le but clairement affiché du film est de nous rendre “attachants” (mot très péjoratif quand on le regarde de bien près) des enfants (?) de 13/14 ans qui passent le plus clair de leur temps à repousser les limites de leurs relations au prof (qui cumule, le pauvre, les statuts d’adulte et d’autorité officielle, tout ce qu’un jeune “qui se respecte” est sensé détester et combattre) et à saborder systématiquement le déroulement normal d’un cours.
On a la désagréable impression, au final, que le seul élève vraiment sanctionné (et viré du collège) est celui qui pousse jusqu’à tutoyer son prof, l’insulter et le menacer verbalement et physiquement.
Les autres, qui, de par leurs incessantes provocations, interruptions, crises d’égo démesurées, empêchent le développement du potentiel d’une majorité silencieuse (par peur de représailles ou d’être montré du doigt) mais dégagent, de par leur comportement, un boulevard à celui qui finit par se faire virer, restent impunis jusqu’au bout.
Ils font pourtant largement autant de mal, et même beaucoup plus sur la durée d’une année scolaire, qu’un élève complètement paumé qui pète les plombs.
On notera aussi une scène hyper-cliché où tous les élèves, même les plus turbulents, sont très (trop ?) sagement captivés par la lecture du journal d’Anne Frank : le très lourd plan-séquence, interminable, constitue le summum de la complaisance, sur le registre “on peut bordéliser toute l’année, mais la Déportation, ah ça non, mon dieu, on ne plaisante vraiment pas avec çà !”
Enfin, la brève apparition des parents, qui nous assènent presque tous (sauf ceux pour lesquels c’est la vérité !) que leur progéniture est adorable, géniale, travailleuse et réussira forcément, apporte une brève réflexion sur ce qui pourrait finalement être le coeur du vrai problème : le syndrome de l’enfant roi.
Et de ce côté-là, pas sûr que le film contribue à inverser la tendance : on peut en garder l’impression que “foutre le bordel” en cours reste un truc pas si grave, voire cool. Que c’est aux profs de s’adapter. Que si on n’a pas le temps de faire un quart du programme, ça ne fait rien. Finalement.











Le 27-10-2008 à 12:45:46 - Eddie a écrit :
Bravo la patience du prof !
Moi, ce qui m\'a vraiment gonflé, c\'est que dès le début, dès la première minute du cours, c\'est déjà la provoc\' \"Moi, j\'écris pas mon nom si vous z\'écrivez pas votre nom !\"Ah ouais... Classe difficile. Ca partait mal dans mon jugement sur ce film.
Après, il y a eu le conseil de classe et l\'incident \"pétasses\". Je repense à ce prof qui s\'est suicidé après qu\'un élève l\'ait accusé de l\'avoir frappé alors que c\'était faux. Bon, le prof n\'était pas super bien dans sa tête...
Pour revenir au film, la seconde partie est bien mieux que la première que j\'ai trouvé surjouée, caricaturale. Et je confirme que certains personnages sont attachants même les pires.
Tchô
Voilà .