Election d'Obama : la force des mots
Écrit par la rédac' Mardi, 18 Novembre 2008 14:51
Au-delà
de son charisme, de son évidente compétence et du symbole qu’il
représente en tant qu’afro-américain, Obama a sans doute aussi gagné
les élections grâce à une puissance rhétorique rare et des discours -
souvent co-écrits par un jeune rédacteur très talentueux - à la portée
historique et philosophique très profonde. Voici notre Best of Obama,
entre slogans de campagne et phrases choc !
Commençons par un petit cours d’anglais : le principal slogan d’Obama, “Yes we can”, superbe reprise d’auxiliaire, facétie syntaxique typique de la langue anglaise, vaguement traduisible par “Oui, nous le pouvons”.
Ce “nous”, qui décrit-il ? Obama et sa clique ? Les américains ? Les deux mélangés ? Et nous pouvons quoi ? Elire un président de couleur ? Sortir l’Amérique de la crise ? Faire oublier les calamiteuses années Bush ?
Vous l’aurez compris, les multiples interprétations permettent à chacun de prendre ce slogan pour lui-même, d’où son immense impact.
Autre slogan qui a retenu l’attention “Change we need”. Pourquoi pas “We need change”, me diriez-vous, ordre logique et habituel de l’anglais (sujet / verbe / complément) ? Tout simplement parce que ce petit effet de style donne un côté biblique, poétique et rhétorique qui place d’emblée son “auteur” sur une sorte de piédestal mythique, élément indispensable à une victoire électorale de cette envergure.
En effet, il ne s’agissait pas d’être noir pour gagner cette élection : il fallait arriver au bon moment, choisir les bons mots et cueillir le peuple américain au moment exact où il était mûr pour franchir une étape aussi historique (l’idée que des dizaines de millions de blancs aient pu voter pour un noir est, quoi qu’on en dise une magnifique victoire sur des siècles de racisme et de guerres ethniques à travers le monde).
Et il n’y eut pas que les slogans pour en arriver là, il y eut aussi les débats, les discours, les entretiens... au cours desquels Barack Obama a su très habilement mélanger le symbole de sa candidature (et de sa possible victoire), l’histoire plus ou moins récente de son pays et les problèmes auxquels il se trouve actuellement confronté (Irak, Afghanistan, Crise financière, problèmes sociaux...).
Jon Favreau, 26 ans seulement, est la principale plume d’Obama et ce dernier lui doit sans doute un peu de sa victoire. Le discours d’investiture de 45 minutes, prononcé le 29 août 2008 à Denver devant plus de 75 000 personnes fut un grand moment de politique qui a profondément marqué non seulement le camp démocrate, mais aussi des millions d’Américains et de citoyens du reste du monde.
Quelques extraits marquants de ce discours et de quelques autres :
“Je sais bien que je suis un candidat improbable. Je n'ai pas le pedigree idéal. Je n'ai pas passé ma carrière dans les allées du pouvoir.”
“Nous sommes à un de ces moments uniques, un moment où notre nation est en guerre, notre économie dans la tourmente et le rêve américain à nouveau menacé.”
"La race est une question que notre pays ne peut se permettre d'ignorer."
Le 4 novembre, juste après l’élection :
“Si jamais quelqu'un doute encore que l'Amérique est un endroit où tout est possible, qui se demande si le rêve de nos fondateurs est toujours vivant, qui doute encore du pouvoir de notre démocratie, la réponse lui est donnée ce soir.”
“À ceux qui voudraient détruire le monde, je leur dis : nous vous vaincrons.”
“Nous sommes, et serons toujours, les États-Unis d'Amérique.”
“La victoire à elle seule ne constitue pas le changement que nous recherchons. “
“Dans ce pays, nous nous élevons et nous chutons ensemble, comme un seul peuple.”
“À tous ceux qui nous observent ce soir au-delà de nos rivages, depuis leur parlement ou leur palais, comme à ceux qui nous écoutent, serrés autour d'une radio, dans les coins les plus oubliés du monde, je leur dis : nous avons chacun une histoire particulière, mais aussi un destin commun, et l'aube d'une direction américaine nouvelle est apparue.”
Et du très léger pour finir :
“Sasha
et Malia, je vous aime plus que vous ne pouvez l'imaginer, et vous avez
mérité le nouveau petit chien que nous emmènerons avec nous à la
Maison-Blanche.” (véridique !)











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