La catastrophe japonaise... et moi
Écrit par la rédac' Mercredi, 23 Mars 2011 19:46
A partir de quel point une catastrophe énorme comme celle du Japon ou comme celle d’Haïti il y a un peu plus d’un an (comment ça, vous avez déjà oublié !?) nous atteint véritablement ? Et, question corollaire, jusqu’à quel point compâtissons-nous ? Et à quoi ça sert de compâtir à 10 000 km de distance ? Un vrai casse-tête moral, tout ça...
Depuis le 11 mars, les médias déversent des flots d’images plus atroces et inquiétantes les unes que les autres : destructions, images apocalyptiques de maisons flottantes, de flots inarrêtables qui engloutissent des villages entiers en une poignée de secondes, de sans-abris complètement paumés, de vies ruinées, de réacteurs nucléaires incontrôlables...
Des centaines de milliards de petites conversations humaines, dans les bahuts, la rue, les cafés, les maisons, les appartements, les soirées... tournent autour de ce sujet, cela ne vous aura sans doute pas échappé. Mais pour dire quoi ? N’importe quel psy de base vous dira qu’il est important de mettre des mots sur ce qu’on ressent, pour évacuer un ressenti trop fort, trop négatif. Sans doute.
Bon, et puis après. Que reste-t-il de tout ça, en chacun de nous ? A moins d’être totalement insensible ou dépourvu de cerveau, il est évident qu’on ne peut qu’être marqué par cet événement, tout comme nous l’avions été pour les inondations en Vendée, même si le nombre de victimes et l’ampleur des dégâts sont incomparables.
Il est intéressant de se demander lequel des deux événements nous a le plus touchés. La Vendée car c’est près de chez nous, qu’on habite dans des maisons qui ressemblent à celles qu’on a vues sous la boue, parce qu’on a pu écouter les témoignages en version originale non sous-titrée ? Ou le Japon, car malgré la distance géographique, culturelle et linguistique, on a bien pu s’imaginer être à leur place?
Evidemment on a continué à vivre, à manger, à rigoler comme si de rien n’était, ou presque. Il y a même des comiques qui n’ont pas attendu longtemps pour trouver de fabuleux jeux de mots sur le tsunami. Régis Mailhot de France Inter a ainsi reçu de nombreux messages d’auditeurs outrés, mais aussi d’un résidant japonais qui le remerciait de savoir tourner en dérision quelque chose d’aussi terrible, car l’humour, disait-il en substance, même très noir, aide à prendre du recul sur des drames et pose des mots sur l’indicible.
Compâtir à distance et en silence ne sert sans doute pas à grand-chose. Combien d’entre vous ont donné un peu d’argent à une ONG pour le Japon ? C’est pourtant une chose bien concrète. Mais une goutte d’eau, quand on sait que la facture de cette catastrophe risque en finalité d’approcher les 100 milliards de dollars (en gros, le PIB de la Colombie !).
Une catastrophe c’est un truc qu’on prend en pleine face et qu’on doit apprendre à digérer sans pouvoir faire grand-chose. Quitte à culpabiliser très fort. C’est aussi à l’origine d’inévitables considérations - conscientes ou inconscientes - assez égoïstes, puisqu’au fond de soi on ne peut s’empêcher de dire : “Ouf ! Ce n’est pas arrivé ici, tant mieux pour moi.”
C’est un bon moyen de vaincre ses peurs, et d’ailleurs on entend beaucoup de gens ici et là clamer haut et fort : “Heureusement que ça ne peut pas arriver ici !” Bon pour l’aspect nucléaire, c’est une chose, mais force est de constater que depuis quelques années, les catastrophes naturelles se multiplient de manière inquiétante aux quatre coins du monde.
On peut facilement imaginer que la tempête du 26 décembre 1999, la canicule de 2003 et les récentes inondations en Vendée pourraient être de simples préambules à des événements beaucoup plus graves... chez nous.
Le message à retenir de la catastrophe japonaise pourrait être de savoir rester humble face aux forces de la nature et de profiter à fond de chaque instant “normal” que nous offre la vie sur terre. Les éternels insatisfaits et les ronchons professionnels devraient, on l’espère, savoir en tirer toutes les conséquences !
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