Une dictature récente : la Birmanie
Écrit par la rédac' Jeudi, 17 Juin 2010 08:06
(série sur les dictatures, article n°4)Malgré ses 2 000 kilomètres de côtes, l'Union du Myanmar (autre nom de la Birmanie) est un peu coincée entre d'immenses nations (la Chine et l'Inde) et d'autres pays plus petits, mais plus “connus” qu'elle sur la scène internationale (Laos, Bangladesh, Thaïlande).
Envahi à plusieurs reprises au cours de son histoire, déchiré par de nombreuses guerres ethniques, puis colonisé par les Britanniques entre 1886 et 1948, sans oublier l'occupation japonaise (1942-1945), puis dirigé par un dictateur, puis par un groupe de dictateurs (!), ce pays n'est pas ce qu'on peut appeler un petit coin tranquille !
La date-clé la plus récente de son histoire est sans doute 1988, date du coup d'état d'une junte militaire qui voit le renversement d'un général déjà pas très porté sur les joies de la démocratie et des libertés individuelles et collectives.
Ce sont d'ailleurs des soulèvements populaires qui sont principalement à l'origine de ce renversement : ces militaires estiment qu'il est grand temps de rétablir l'ordre et que le pouvoir en place en est incapable. S'ensuit une répression sanglante qui aboutira à des élections démocratiques en 1990.
Non, non vous n'avez pas rêvé : des “élections démocratiques” (deux gros mots normalement absents du registre des dictateurs) ! Le résultat est d'ailleurs sans appel : plus de 80% des voix vont à la Ligue Nationale Démocratique d'Aung San Suu Kyi, une vraie démocrate, elle.
Beaux joueurs, les militaires lui cèdent leur place à la tête du pays et elle s'installe tranquillement pour faire de la Birmanie un pays sympa où il fait bon vivre... Heu, non, c'était pour rire en fait, ces élections ! Les militaires birmans ont un humour assez particulier, vous ne pouvez pas comprendre...
Aung San Suu Kyi obtient le prix Nobel de la Paix quelques mois plus tard, mais entre-temps, la junte militaire a invalidé ces élections qui devaient les légitimer mais dont les résultats les ont au contraire humiliés. Cette femme devient alors bien gênante, alors elle est placée en résidence surveillée.
Malgré de nombreuses sanctions économiques et pas mal de pressions internationales, la Birmanie, tout au moins son pouvoir, s'en sort grâce notamment au fait que beaucoup de pays voisins n'ont pas renoncé à collaborer et à faire des échanges avec cet état riche en matières premières...
En août et septembre 2007, un soulèvement populaire va être durement réprimé, des moines bouddhistes étant même frappés lors de manifestations, alors qu'ils sont connus pour leur pacifisme.
Jouant comme des enfants avec les outils démocratiques, les militaires au pouvoir organisent un référendum en 2008 pour “modifier la constitution” et (tenter
de) montrer à la communauté internationale qu'ils sont super ouverts. La preuve d'ailleurs : suite à un cyclone en mai 2008, ils préfèrent laisser mourir des milliers
de leurs citoyens plutôt qu'ouvrir immédiatement leurs frontières à l'aide internationale !
Au milieu de ce chaos, le référendum a quand même lieu (c'est bien connu : la démocratie n'attend pas) : 98 % de participation (résultat “officiel”) ! Avouez quand même que, 8 jours seulement après une catastrophe naturelle qui laisse au bas mot 2,5 millions de personnes sans abri, c'est une réussite électorale énorme qui montre à quel point les Birmans aiment leurs gouvernants...











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