PDB 2011 > (rencontre + concert) > AaRON, la consécration
Écrit par la rédac' Mercredi, 27 Avril 2011 22:49
Entre le théâtre Saint-Bonnet et ses 120 places il y a trois ans et le Phénix et ses 6 000 places cette année, le duo français a franchi un pas de géant. Artistes intenses et sans concession, Simon et Olivier continuent d’écrire l’histoire d’une “pop mélancolique” qui, pour la première fois sans doute, n’est plus dominée par l’Angleterre.
Même si l’ingénieur du son du concert devrait sans doute retourner à ses études ou acheter une voiture avec une grosse sono pour passer ses envies d’infrabasses qui couvrent tout sur leur passage, le concert d’AaRON à Bourges marque leur entrée dans la cour des grands.
Imaginons une seconde le même concert avec la voix, le piano et les harmonies subtiles audibles et AaRON auraient définitivement assommé le public de leur insolent talent. Même si côté disque, le second album déroute l’auditeur après un premier album inoubliable et au charme immédiat ; côté scène, l’énergie à fleur de peau de Simon qui fait immanquablement penser à Chris Martin de Coldplay, apporte un plus aux morceaux du groupe.
“Nous ne calculons rien, nous vivons notre musique et nous laissons porter par elle, par nos envies. La musique est une manière de digérer la vie et tout ce qui nous arrive ; c’est une forme d’art. Il nous paraît important de le rappeler.” Quand, pendant la conférence de presse, nous taquinons AaRON sur le fait que nous préférons leur premier album au deuxième, la réponse est sans appel. “Nous ne considérons pas que c’est un boulot, c’est juste une nécessité. J’écris d’abord pour moi, si le public suit tant mieux, sinon tant pis.” Le tout déclaré sans fanfaronnade et en toute sincérité.
“Bien sûr, quand une salle remplie réagit à l’émotion que nous transmettons, c’est extraordinaire et nous sommes touchés.”
Simon, la plume du groupe, n’écrit que sur ce qui le traverse et le touche. Même si le duo s’entend plutôt bien, c’est toujours avec une certaine appréhension qu’Olivier propose un nouveau début de morceau à Simon et que Simon présente un nouveau texte à Olivier. Cette tension, cette volonté de bien faire et d’être toujours sur la même longueur d’ondes est sans doute l’un des secrets de l’œuvre d’AaRON.
“Nos musiciens de scène ont parfois du mal à nous suivre. Nous n’avons quasiment pas besoin de communiquer entre nous deux, donc il faut faire un effort pour s’ouvrir sur l’extérieur. Nous ne sommes pas un groupe de 5 ou 6 personnes, mais avant tout un duo. L’écart entre le travail de composition et la scène est donc très important.”
Pour notre part, l’écart entre ce qui se dégage des disques et de cette interview d’un côté, et l’attitude de Simon sur scène nous ont surpris : écorché vif, textes plutôt sombres, musique rarement gaie, on pourrait s’attendre à un concert à sens unique où les musiciens, introvertis, distillent leur poison sonore sans un mot ni un regard.
Or, c’est tout l’inverse : Simon saute partout, regarde son public, le cherche, joue avec, lui parle entre les morceaux... A peine moins entraînants qu’Aloe Blacc 4 heures plus tôt, AaRON, qu’ils le veuillent ou non, est un groupe pop, finalement beaucoup plus proches de Coldplay sur scène qu’ils ne le peuvent l’être de Radiohead sur disque.
La richesse mélodique de la plupart des titres permet à AaRON de s’affranchir tranquillement du piège classique du gros tube que tout le monde est venu entendre, qu’on pourrait presque appeler le “syndrôme Creep” tellement Radiohead ont eu du mal à se “débarrasser” de ce morceau. Même si “Lili” fut l’un des grands moments de la soirée, beaucoup d’autres titres ont fait bonne figure.
A une époque où les groupes français qui chantent en anglais n’ont jamais autant eu le vent en poupe (les médias britanniques ne savent plus où donner de la tête... vont-ils finir par installer leur rédaction à Paris ?!), AaRON s’installe dans la durée avec un aplomb et un talent ahurissants.
“Nous n’aimons pas les termes de “défi du deuxième album” ou l’idée de venir “défendre” notre disque sur scène ou en conférence de presse. Ce sont des termes presque guerriers, nous venons juste jouer sur scène notre travail de ces trois dernières années. C’est un aboutissement, pas un combat !”
Alors qu’au Printemps l’une des conférences-débats portait sur la carrière des artistes et “l’effet one-shot” (un disque qui cartonne et puis plus rien), on songeait déjà avec impatience à vieillir avec AaRON et on rêvait secrètement de leur septième album, prévu, si tout va bien, à l’automne 2023...
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Photo © Vanessa Filho











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