Magazine 6 Mois : arrêts sur images
Écrit par Le webmaster Jeudi, 26 Mai 2011 08:31

A une époque où l’on reçoit quasi-instantément des vidéos de qualité souvent mauvaise sur son téléphone portable dès qu’un événement a lieu, une équipe de professionnels ambitieux prend cette tendance à contre-pied en proposant de belles images fixes imprimées sur du papier et “renouvelées” seulement deux fois par an. Un grand coup de pied dans l’actu.
Comme son nom l’indique, le magazine sort tous les 6 mois et comme son nom ne l’indique pas, il est presque exclusivement constitué de portfolios présentant différents reportages photo. Côté textes, ce n’est pas mal non plus : analyses d’images, reportages de fond, légendes plus ou moins longues... Mais les moins courageux pourront sans problème les zapper.
Pour les millions d’accros à l’info continue, dont le cerveau, les yeux, les oreilles et les différents écrans (mobile, tablette, PC, télé) saturent d’images du matin au soir, ce nouveau concept risque de passer inaperçu. Pour couronner le tout, il n’est pas vendu dans les kiosques, mais en librairie, s’inscrivant ici clairement sur le fil entre ce qui est fait pour être consommé et jeté dans un mouvement unique et ce qui est fait pour être consulté tranquillement et conservé longtemps.
Evidemment ,d’autres titres de la presse hebdo et mensuelle revendiquent de faire du reportage, mais quand Paris Match pour n’en citer qu’un propose - au mieux - 8 pages sur un sujet, 6 Mois écrase la concurrence avec par exemple plus de 30 pages sur les ouvriers du jean en Chine.
Dans un éditorial percutant, l’équipe du magazine tâcle gentiment les trois grosses agences de presse internationales qui produisent chaque jour de l’image par tonnes entières pour de multiples publications (ils sont gentils, ils auraient aussi pu remplacer le verbe “produire” par le verbe “vomir”). Images forcément “marquantes” et “efficaces” qui se retrouvent parfois dans des dizaines, voire des centaines de titres différents à travers la planète, annihilant toute notion de diversité visuelle.
6 Mois le bien-nommé redonne du temps. D’abord au photographe et à son travail méticuleux de recherche, de prise de vue, puis de sélection finale - cet art méconnu et subtile qui fait souvent toute la différence entre un photographe amateur et un professionnel digne de ce nom.
Ensuite, ce magazine (à le voir et à le soulever, on hésite à parler de “livre”), de par son format, son rythme de parution, son approche et la longueur de ses reportages, donne aussi du temps au lecteur. Celui de la réflexion, du recul, de la contemplation d’éléments qui ne donnent pas seulement “à voir”, mais qui véhiculent du sens.
Enfin, 6 Mois donne du temps aux événements. Ainsi, quelques images soigneusement choisies sur les événements en Tunisie permettent un retour plus distancié sur la chronologie de ce moment historique. Autre exemple, un somptueux reportage, un peu plus d’an après la catastrophe, sur des réfugiés dans un camp à Haïti. Le photographe est resté un mois sur place. Le résultat : 39 pages de textes et d’images.
Nos deux coups de cœur ici à Jeunes O’Centre, ce sont d’abord les passionnants décryptages d’images en ouverture, notamment le montage pour illustrer le scandale Wikileaks ; puis c’est la plongée de Christopher Furlong au cœur d’une passionnante institution anglaise, l’école d’Eton, fondée en 1440, un monde jusqu’ici hermétiquement clos. On est dans l’intimité quotidienne des élèves, on s’y croirait presque !
0% de pub, 800 photos, 350 pages : plus qu’un simple challenge, 6 Mois est dès son premier numéro un monument de l’édition et de la presse. “Avec 6 Mois, la photo retrouve son sens” proclame le site internet. Un brin prétentieux, mais difficilement discutable.
Approfondir
> clip de la fabrication et du lancement du premier numéro : http://www.youtube.com/watch?v=3j_5-BlQSS0&feature=player_embedded
> http://www.6mois.fr











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