Au cœur des résultats du bac
Écrit par la rédac' Vendredi, 29 Juillet 2011 23:32
Nous nous sommes glissés incognito dans la foule massée devant l’entrée d’un grand lycée de la région Centre, quelques minutes avant l’affichage des résultats du bac. Sensations garanties !
“Si je ne l’ai pas, ma mère me renie !” dit un jeune homme endimanché paraissant bien plus que son âge. “Si je l’ai, je change de look !” proclame une gothique d’un mètre cinquante, piercée dans tous les coins... “enfin, si j’ai une mention”, nuance-t-elle aussitôt, soudain envahie d’un grand doute.
Alors que le personnel du lycée s’agite derrière les portes vitrées, avec des feuilles blanches et des rouleaux de scotch à la main, un mouvement de foule se forme, certains en oubliant les règles élémentaires de la politesse.
Il y a un peu de tout dans ce rassemblement : mères stressées, pères sur le qui-vive, élèves à l’air faussement détaché, petits frères qui tentent en vain de lancer une partie de foot... On trouve même une ou deux poussettes et quelques mamies.
“Je suis venue pour voir les résultats de ma petite-fille”, nous dit l’une d’elle. “Elle a eu peur de venir, alors elle m’a envoyée en mission. Si elle l’a, je l’appelle et elle vient ici pour fêter ça avec ses amis. Si elle ne l’a pas, je ne l’appelle pas et je la retrouve directement chez elle pour la consoler.”
D’un coup, la rumeur gronde, on entend quelques cris, ça se bouscule... David Beckham vient-il de rentrer dans le bahut ? Eh bien, non. Des secrétaires amusées commencent méthodiquement à coller les feuilles, tranquillement, une par une. De l’autre côté de la vitre, ça bout.
Quelqu’un crie “C’est les S, là, c’est les S !”. “Moi, je suis en L, laisse tomber, ils vont les afficher en dernier, tu vas voir...” gémit un grand gaillard aux cheveux très courts. Des “ouais”, des “argh”, des “trop cool” et des cris d’animaux divers et variés commencent à fuser, et c’est un véritable feu d’artifice sonore qui commence.
En quelques minutes, ce sont une vingtaine de feuilles qui sont scotchées et devant chacune, un agglomérat mouvant, constitué de T-shirts, de cheveux, de mains, de casquettes, semble grandir indéfiniment.
Inévitablement, les premiers à voir les résultats ne se contentent pas de regarder leur nom, ils ont le court - mais immense - privilège de “savoir” pour leurs camarades avant ceux-ci. Là, on observe deux catégories : ceux qui ne disent rien et s’écartent un peu et ceux qui lâchent en se retournant un “Boris, tu l’as avec mention AB, trop mortel !” ou un “Romain t’es au rattrapage, les boules...”
Sachant que le taux de réussite au bac avoisine les 80%, on a beaucoup plus de cris de joie et de mines radieuses que de larmes et de complaintes.
Les “rattrapables” sont un peu mitigés, à l’instar de Lola qui en est déjà à se demander si elle va prendre l’anglais ou les maths ou de Paul qui peste avant tout parce qu’il va devoir retarder son départ à la mer, prévu pour le lendemain matin... Sarcastique, Leila, recalée directement, titille ledit Paul : “Ben, moi, c’est cool, je peux partir demain soir comme prévu !”
Un peu plus d’une heure plus tard, la place est quasiment déserte, à l’exception de quelques curieux qui lisent l’intégralité des panneaux, dans l’ordre, et des petits frères de tout à l’heure, tout heureux de pouvoir enfin jouer au ballon avec leur grande sœur, Lucie, mention TB, le sourire jusqu’aux oreilles.











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