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Parlez-moi de moi, il n’y a que ça qui m’intéresse

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visuel-moi-moi-moiVous ne pouvez pas les rater, elles sont partout. Les personnes qui, invariablement, lorsque vous leur parlez de quelque chose, rebondissent au bout de dix secondes sur un truc qui leur est arrivé à elles, forcément plus intéressant. Que vous en soyiez ou que vous subissiez, lisez ceci !



“Je ne l’aime pas, elle, elle ne parle que d’elle tout le temps !” Combien de fois n’avons-nous pas entendu ce genre de réflexion ? Trouvons-nous pour autant épanouis et agréables les gens renfrognés qui restent dans leur coin tout le temps, soit qu’ils n’aiment pas les autres, soit qu’ils sont tétanisés à l’idée de prendre la parole en public ?

 

Entre ces deux extrêmes, où pouvons-nous nous situer ? Pas facile déjà de s’auto-évaluer correctement. Il faut commencer par observer autour de vous et vous constaterez très vite (on a testé) que ceux qui critiquent ceux qui parlent tout le temps d’eux le font parfois aussi, et peuvent même être pire !

 

Comme le dit le proverbe, il est plus facile de voir la paille dans l’œil du voisin que la poutre qui est dans le sien. La question revient à se demander si l’on sait réellement écouter ce que disent les autres et s’intéresser à eux.

 

Un premier test simple à réaliser. Lorsque quelqu’un raconte une anecdote, le coupez-vous pour lui demander une précision, lui poser une question pour en savoir plus, faire un commentaire ou vous interroger sur son ressenti ? Ou alors, plutôt pour parler d’une anecdote qui vous est arrivée à vous (ces coupures commencent souvent par “Ben moi, un jour...”, “ça me fait penser à un truc qu’on m’a raconté...” ou “ah, oui, ça me rappelle l’histoire du mec qui...”) ?

 

Autre question simple : combien de temps le récit de cette anecdote dure-t-il ? Car plus il est long, plus c’est le signe que l’auditoire (vous, par exemple) est vraiment attentif et intéressé.

 

La réussite et la qualité des relations sociales sont beaucoup plus basées sur ce phénomène qu’on pourrait le penser. Rien de plus agaçant, voire triste, qu’un groupe de personnes qui passent d’un sujet de discussion à l’autre toutes les 30 secondes, sans jamais approfondir, car dès que quelqu’un lance une conversation, un ou une autre coupe pour rebondir sur son expérience/anecdote/opinion.

 

On pourrait donner plusieurs noms à ce syndrome : le zapping social, le recentrage automatique, les combats d’égo, etc. Dans tous les cas, la pauvreté relationnelle et de sens qui en découle est affligeante. Un des dérivés de cette attitude est aussi la dérision systématique, qui consiste à ne réagir à ce que disent les gens que par des plaisanteries. Ceci coupe souvent court à toute “vraie” conversation constructive et à tout échange de points de vue et d’expériences, et donc d’enrichissement mutuel.

 

Dans tous les cas, on a affaire à une espèce de foire d’empoigne permanente, un combat de coqs dont la finalité absolue est l’occupation de l’espace sonore, que l’on peut aussi nommer “espace de conversation disponible”, inhérent à toute relation humaine dès lors qu’au moins deux personnes sont face à face dans un endroit donné.

 

C’est à qui parlera le plus, captera le plus l’attention, aura l’anecdote la plus croustillante, le point de vue le plus définitif, l’expérience la plus écrasante. La cacophonie qui en découle est alors une surenchère de monologues, où plus personne n’écoute personne et où chacun se conforte dans ses certitudes et son petit monde personnel, en les assénant en boucle à autrui.

 

Heureusement, tout le monde et toutes les situations de communication entre êtres humains ne sont pas comme ça !

 

On assiste et on participe parfois à de grands moments enrichissants qui, tels une belle dissert de philo, s’articulent à merveille, changent de rythme, vont au fond des choses, rebondissent logiquement d’un thème à l’autre, synthétisent, concluent, ouvrent sur d’autre sujets... et sont entrecoupés de silences, pendant lesquels chacun écoute penser les autres et goûte au plaisir inégalable d’être vraiment ensemble.


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