Cinéma : nous avons vu... 17 Filles
Écrit par la rédac' Jeudi, 05 Janvier 2012 15:23
Que le scénario soit tiré d'un fait réel n'a finalement aucune importance et n'apporte pas grand-chose au propos : ce film est d'abord du cinéma, et le cinéma, c'est bien connu, c'est fait pour faire rêver, pour faire voir des choses qu'on n'a pas l'habitude de voir le matin en sortant de chez soi. Ou alors de les faire voir autrement. Rien que pour ça, «17 filles» est un bijou.
Déjà , avis à la gente masculine : voir pendant plus d'une heure-et-demie une poignée de jeunes filles plus charmantes, sympathiques et jolies les unes que les autres, filmées avec une grâce et une simplicité déconcertantes (au bahut, à la plage, dans leur chambre, en jogging bleu et rouge...) est un pur moment de bonheur, qui met de bonne humeur pour les 20 prochaines années !
Mais attention, à l'instar du regard en biais qu'un groupe de lycéens terrorisés jette au groupe de copines au ventre rond vers la fin du film, vous pourriez bien, finalement, avoir envie au minimum de garder vos distances et, au pire, de vous sauver en courant. Car, à y regarder de plus près, ces sirènes sont dangereuses : elles sont pleines de vie et, pour la croquer à pleines dents, elles ont le projet fou de toutes avoir un enfant en même temps. Là , maintenant.
En cautionnant l'explosion de la société de consommation et mettant souvent l'enfant au cœur de la famille, les adultes ont depuis une trentaine d'année favorisé chez les jeunes l'obsession du «tout, tout de suite». Ce film propose une conséquence extrême de cette dérive : puisque c'est ainsi, une bande de copines décident qu'elles veulent accélérer les choses encore plus.
Des études interminables ? Un avenir incertain ? La possibilité d'avoir un «boulot de merde» au bout du compte ? Et bien, puisque c'est ça, cette joyeuse bande de copines qui s'ennuient ferme décident de ne pas attendre pour jouer à la maman. Après l'accident de l'une d'elle et le mensonge d'une deuxième qui cherche à exister à tout prix aux yeux de ses camarades de classe, tout s'enchaîne naturellement et comme dirait la voix off de l'une d'entre elles à la fin : «On a eu quinze enfants».
Au cours d'une soirée superbement filmée dans un cadre de rêve et avec une bande-son inimaginable (le jour où une boîte de nuit comme ça ouvre dans la région, on y va tous les week-ends !), les copines partent à l'assaut non pas de mecs, mais de géniteurs anonymes.
Les (grandes) réalisatrices Delphine et Muriel Coulin et le (génialissime) directeur de la photographie Jean-Louis Vialard nous emmènent avec une douceur stupéfiante, comme au ralenti, dans une aventure fulgurante et radicale.
Tombant enceinte les unes après les autres comme on attrape un rhume, les jeunes filles échafaudent des plans d'avenir qui paraissent tellement simples qu'on finit par se demander pourquoi diable les femmes attendent désormais la trentaine pour s'y mettre.
A des kilomètres du film social glaçant ou du reportage à sensation, «17 filles» glisse sur son sujet de bout en bout, comme un surfer des neiges faisant du hors-piste. Pas de parti pris, pas de jugement, à peine une fin et juste parce qu'il en fallait bien une.
Bref, vous l'aurez compris, il ne s'agit pas d'un film, mais d'un rêve. Troublant, éphémère et magnifique. Mais sous ces airs de légèreté, pointe aussi une interrogation sur l'absence cruelle d'idéal dans notre société, sur le cynisme et la résignation de beaucoup de nos aînés.
A l'instar de l'une des rares scènes vraiment poignantes, entre l'héroïne et l'infirmière scolaire, ce film est un gigantesque bras d'honneur au monde des adultes ; une autre forme d'indignation qui, bien qu'objectivement déraisonnable, pose de vraies questions auxquelles il est plus que temps de commencer à répondre pour construire l'avenir...
Approfondir
> la bande-annonce : http://www.youtube.com/watch?v=h5eIMtJq8SM
> la bande originale : http://www.allobo.com/bo-17-filles-6358.html
> pour savoir s'il passe près de chez vous : http://www.allocine.fr/seance/film-179071/pres-de/?cgeocode=83082











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