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Notre série de l’été : Avoir 20 ans il y a 20 ans !

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Episode 1 : Le téléphone portable et la téléphonie fixe bon marché

Le monde n’a jamais changé aussi vite que ces 20 dernières années. Mais qu’est-ce qui était si différent en 1991 ? Nous avons mis à contribution l’un de nos rédacteurs, qui vient d’avoir 40 ans et avait donc 20 ans il y a 20 ans, pour des chroniques sur le sujet. Episode 1/9 : le téléphone portable et la téléphonie fixe bon marché.
“La première chose qui me vient à l’esprit au sujet du téléphone, c’est qu’en quelques années, la question rituelle au début d’une conversation téléphonique est passée de “tu fais quoi, là ?” à “t’es où, là ?”.

J’ai eu mon premier téléphone portable à l’âge de 29 ans (“argh !” s’étouffe l’ado de 14 ans qui en a un depuis 4 ans), en décembre 1999. A l’époque, dans mon entourage professionnel comme personnel, c’est bien simple : il y avait beaucoup plus de gens qui n’avaient pas de portable que de gens qui en avaient. Aujourd’hui, si tu n’en as pas, tu es presque socialement mort !

Huit ans plus tôt, mes longues conversations avec mes amis m’imposaient de rester assis des plombes au même endroit, avec ma mère d’un côté, mon père de l’autre et la télé allumée au milieu. Le chuchotement et les demi-mots étaient la règle, vous imaginez bien ! La phrase “je te raconterai” était LA phrase téléphonique par excellence, et pour cause.

A la fin du mois, lesdites conversations étaient déduites de mon argent de poche. En effet, un autre point important, c’est que le téléphone coûtait très cher, même de fixe à fixe. Si quelqu’un avait dit à l’époque (ça a sans doute été le cas d’ailleurs, il y a toujours des visionnaires qui traînent par-ci, par-là) que dans quinze ou vingt ans le téléphone coûterait si peu et qu’on pourrait y passer des heures et des heures sans se ruiner, on lui aurait ri gentiment au nez.

Quant au portable, puisque j’ai passé l’intégralité de ma scolarité, études supérieures et premières expériences professionnelles comprises, sans en avoir un, et que je suis en train de vous écrire cette chronique, c’est la preuve que je ne suis pas mort. J’ai même le plaisir de vous dire haut et fort que j’ai passé une adolescence heureuse, active et riche en sorties diverses, rencontres et découvertes.

Oui, il y a bien eu quelques ratés avec des méprises sur des heures ou des lieux de rendez-vous (ou, pire, les deux !), des attentes sous la pluie pendant des heures, des rencontres reportées, des séparations involontaires dans des foules, des disputes...

Mais ces moments imprévus m’ont pour certains laissé d’impérissables souvenirs. L’attente, l’ennui, l’improvisation et les discussions et parfois les rencontres qui en ont découlé étant de salutaires ruptures dans un quotidien souvent monotone et (trop) bien réglé.

Avec du recul, pour rien au monde, si je pouvais revenir en arrière, je voudrais avoir eu un téléphone portable pour éviter tous ces petits incidents qui donnent du piment à la vie et ouvrent la porte vers l’inconnu. A une époque où l’organisation parfaite permanente est devenue une constante sociale imposée, synonyme d’une certaine forme de réussite, le droit d’être injoignable pendant quelques heures à des moments “importants” devrait, à mon avis, être fondamental et revendiqué.

J’ai aussi une sensation de liberté immense qui me vient lorsque j’essaie de revivre ces moments sans téléphone portable. Aucun moment n’était interrompu, aucun lieu n’était parasité par l’intrusion virtuelle d’un autre, à l’exclusion des pièces où se trouvait un téléphone fixe bien sûr.

Balades en forêts, pots sur une terrasse, soirées entre amis, sorties au restau, dans des concerts, des expos, conversations impromptues avec des passants en allant acheter son pain, séances de shopping, randonnées à vélo, jogging du dimanche matin... Aucun de ces moments n’était interrompu par un coup de téléphone. Jamais.

C’est énorme, et inimaginable aujourd’hui pour ceux qui ne l’ont pas vécu. On peut toujours laisser son portable volontairement chez soi à certains moments (ce n’est pas puni par la loi), voire ne pas en avoir du tout (une poignée de résistants... résistent, j’en ai rencontré un il n’y a pas si longtemps, un jeune), mais même en faisant ça, on est obligatoirement parasité par les téléphones des autres.

Le monde extérieur sans sonneries de téléphone appartient définitivement au passé. Comme les dinosaures, une certaine forme de silence universel s’est éteinte. Ce n’est pas anodin.”

Laurent.

Prochain épisode > La société de surconsommation (2/9)


1 commentaire pour cet article

  1. ah le temps béni..
    ah le temps béni où le portable n'existait pas, où internet n'était pas autant demandé...

    Pas besoin d'internet absolument, pas facebook, pas msn... Je n'ai eu mon portable que le jour où je suis partie à l'étranger et ne m'en suis que très peu servie avant d'avoir ma première petite amie... (forcément, là ça fait moyen entre ses parents, devant la télé..)

    et pourtant, j'adorais les découvertes impromptues d'une amie ou d'un ami en plein milieu de la rue, qui n'a jamais eu le plaisir d'entendre son prénom hurlé en plein milieu de la rue??

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