Avoir 20 ans il y a 20 ans ! Episode 6 : La "presse intime"
Écrit par la rédac' Mercredi, 28 Septembre 2011 20:46
Le monde n’a jamais changé aussi vite que ces 20 dernières années. Mais qu’est-ce qui était si différent en 1991 ? Nous avons mis à contribution le tonton de l’un de nos rédacteurs, qui vient d’avoir 40 ans et avait donc 20 ans il y a 20 ans, pour des chroniques sur le sujet. Episode 6/9 : La "presse intime"
"En 1991, j’éditais des “personal zines”, petits journaux tirés à une trentaine d’exemplaires, écrits et lus par des amis, diffusés en circuit fermé. C’était le seul moyen d’essayer de “rassembler” des personnes éparpillées partout en France et à l’étranger et dont le seul point commun était de me connaître !
On sortait un numéro tous les deux mois environ. Chacun envoyait des photos, des anecdotes, des articles, des collages... J’étais à des kilomètres d’imaginer que 15 ans plus tard environ, un petit génie du nom de Marc Zuckerberg inventerait un système similaire, mais instantané et à l’échelle de la planète entière !
Car, finalement comment résumer Facebook ? C’est un peu comme ouvrir un journal local qui ne contiendrait QUE des articles, des brèves et des photos de gens et de sujets que vous connaissez et/ou qui vous intéressent. Un journal permanent et totalement sur mesure, déconnecté de tout médium, au sens propre, mais aussi de tout recul journalistique. Du brut de décoffrage.
En 1991, pour avoir une photo du bébé de votre vieux pote Alexandre, il fallait attendre les vœux, le faire-part ou il fallait aller le voir pour le prendre soi-même en photo. Il fallait se téléphoner pour avoir des nouvelles, poser les bonnes questions pour être sûr que nos amis n’oubliaient rien d’important à nous raconter.
Vingt ans plus tard, vous vous tapez sur les doigts avec un marteau en voulant accrocher un cadre dans la chambre de votre sœur et dans l’heure qui suit, la fille avec qui vous avez passé une heure dans une boîte en Espagne il y a trois ans voit sur votre “mur” le marteau, votre doigt, votre tête grimaçante et ledit tableau, ainsi qu’un commentaire, le tout avec date et heure, à la minute près, de votre “post”.
Même si je risque de choquer les professionnels, j’ai envie de dire qu’avec FB on est devenu tous photographes, tous journalistes car “poster” sur FB, c’est ni plus ni moins rendre compte d’un événement, aussi futile puisse-t-il être, avec des mots, à un groupe de personnes choisies. Evidemment certains le font avec plus de talent que d’autres... [Note de la rédac’ : le prochain épisode de cette série est justement intitulé “tous photographes”.]
Quand je pense à ça, je me demande une chose : “Mais que faisions-nous avant que ça existe ?” Et je me souviens. Nous passions des heures à discuter, à nous raconter toutes ces choses, des heures, des jours, des mois ou des années après. Nos descriptions étaient minutieuses pour tenir notre public en haleine et remplacer l’image.
On racontait exactement les mêmes choses, mais à l’oral et en différé, alors qu’aujourd’hui c’est à l’écrit et en direct. Et que l’auditoire est - virtuellement, ne l’oublions jamais - plus nombreux.
Reste le fameux “J’aime”, eldorado de toute une génération, signe ultra-moderne de reconnaissance sociale éphémère, sorte de “quart d’heure de gloire” à la Warhol. L’équivalent d’un éclat de rire, d’un sourire ou d’un simple regard approbateur dans l’ère pré-facebookienne, la préhistoire, déjà.
Dans 100 ans, on étudiera Facebook dans les cours d’histoire, comme l’invention la plus importante de notre époque, sans doute aussi bouleversante que ne le furent plus tôt la télévision, l’automobile et le téléphone."
Laurent.
Prochain épisode > Tous photographes ! (7/9)











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