BD > Aya : la Côte d’Ivoire comme si vous y étiez
Écrit par la rédac' Vendredi, 29 Juillet 2011 13:49
Pas étonnant que cette saga cartonne : une plongée dans le quotidien de trois jeunes Africaines d’une vingtaine d’années, un langage châtoyant, des intrigues efficaces, un trait jubilatoire et un humour léger sans cesse renouvelé. Lecture d’été idéale.Bien sûr, de nombreux clichés jalonnent ce récit au jour le jour (qui n’est pas sans rappeler “Plus belle la vie”, le côté mélodramatique en moins), mais quand on sait que l’auteur d’Aya, Marguerite Abouet, est elle-même originaire de Côte d’Ivoire, on se rend à l’évidence que certains clichés ne sont que les reflets d’une réalité indiscutable.
Archi-dominée par les femmes, cette série n’en décrit pas moins un monde où l’homme est de facto “le chef” et où la recherche d’égalité est un combat de chaque instant. Un passage hilarant du tome 3 joue avec ce thème et montre un homme dominé par sa femme qui essaie tant bien que mal de retourner la situation suppliant sa femme de respecter sa “masculinité”.
Le summum de l’humour est souvent atteint lors de scènes de drague pathétiques récurrentes où la répartie des femmes est d’une justesse et d’une cruauté époustouflantes (“Tu es belle comme le soleil !” dit un gars, “Hé ben arrête de me faire de l’ombre alors” répond la jeune femme, et pif !).
Alors, fantasme de l’auteur ou réalité ? C’est une société en pleine mutation qui transparaît dans l’œuvre de Marguerite Abouet, où la femme ne se laisse plus berner par les hommes et n’accepte plus aveuglément que son mari prenne une deuxième épouse et la ramène à la maison.
Mais une société néanmoins hantée par ses vieux démons : l’absence d’avenir pour les jeunes qui aspirent tous à partir ailleurs, c’est-à-dire en France, pour faire court, et le machisme à tout crin qui interdit à deux jeunes homosexuels d’envisager ne serait-ce qu’un quart de seconde un coming out qui les crucifierait définitivement, socialement et professionnellement.
Le dessin brut et nerveux de Clément Oubrerie emmène tout ce petit monde à grande vitesse, avec une grande chaleur humaine. La solidarité spontanée et la propension à éteindre des conflits et à prendre avec philosophie des situations plus ou moins dramatiques nous renvoient une bien triste image de notre société, où l’on fait trop souvent beaucoup d’histoires pour pas grand-chose.
Beaucoup de lumière donc, et des tas de couleurs dans les décors, les vêtements, les sourires et les mots des personnages dont la palette de personnalités se balade elle aussi d’un bout à l’autre de l’arc-en-ciel. Un plaisir de lecture absolu, à mordre à pleines dents !
Approfondir
> http://fr.wikipedia.org/wiki/Aya_de_Yopougon
> 6 volumes, disponibles dans beaucoup de bibliothèques et de CDI.











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