Déboulonneurs : pour un paysage urbain non-commercial
Écrit par la rédac' Vendredi, 01 Juillet 2011 11:40
Vous regardez la télé et vous vous plaignez des pubs ? Eteignez-la. Certains magazines et journaux en sont farcis ? Ne les achetez pas. La radio est envahie aussi ? N’écoutez que les radios associatives. Jusque là tout va bien : chacun peut choisir, mais lorsque la pub déferle dans les rues, sur les bus et les abribus, impossible d’y échapper... sauf en restant enfermé chez soi !
Les Déboulonneurs sont à la pub ce que les Faucheurs Volontaires sont au maïs OGM : des grains de sable dans la belle machine de la société de consommation. Quand la majorité des gens ne se posent pas de question, ces “désobéissants civils” mettent le doigt sur des choses que nous ne devrions pas forcément accepter sans rien dire.
Inventée par le poète américain Thoreau au milieu du XIXè siècle, cette notion de désobéissance civile est en pleine expansion, mais reste encore relativement confidentielle. Non informés ou frileux (ou les deux), la majorité des gens connaissent peu ce mouvement certes pacifique, mais prônant néanmoins le non respect d’une ou plusieurs loi(s) qu’ils trouvent inadaptée(s).
Ainsi, les Déboulonneurs s’exposent par certaines de leurs actions à des sanctions pénales, liées plus ou moins directement à la notion basique de propriété privée : barbouiller une affiche publicitaire et refuser de la nettoyer ou de régler la facture de nettoyage dans la foulée constitue une forme d’atteinte à la propriété privée. Sauf bien sûr, et c’est parfois le cas, lorsque les panneaux publicitaires sont installés illégalement.
Et pourtant, il paraît difficile de condamner des personnes qui défendent une cause indiscutable sur le fond : nettoyer notre paysage urbain quotidien d’une partie de ces tentations commerciales de plus ou moins bon goût qui nous aguichent en permanence alors que nous n’avons rien demandé à personne.
Les arguments sont légion, à commencer par celui qui consiste à évoquer l’obligation faite à tout citoyen propriétaire d’un logement de faire une demande de permis de construire pour changer un volet, avec parfois des refus à la clé. Un autre, c’est la théorie selon laquelle l’industrie publicitaire (à commencer par les diffuseurs) est tellement puissante qu’elle se sert de la loi pour s’imposer durablement et contrer avec mépris les suggestions et demandes émanant de structures associatives, collectifs de citoyens et, quelques fois, élus locaux, voire nationaux.
Comme pour les Faucheurs Volontaires, les risques sont palpables : ainsi le collectif tourangeau, rencontré récemment devant la gare de Tours pour une action “légale”, se prépare au procès de plusieurs de ses membres qui aura lieu le 5 juillet 2011 au tribunal tout proche. Ils risquent jusqu’à 3 500 euros d’amende.
L’un de leurs derniers tracts présente les choses sobrement, dans des phrases courtes et explicites : “Le système publicitaire propage des idéologies antisociales (compétition, domination, accumulation)... Il réduit l’existence à la consommation, les fêtes à des opérations commerciales, l’imaginaire et les idéaux à des arguments de vente.”
Difficile de ne pas adhérer, mais il y a un gros problème : ces valeurs humaines ne sont pas protégées par la loi. Les panneaux publicitaires lumineux, immenses, trop nombreux, si. Cette “confiscation de l’espace public et son utilisation mercantile” est considérée par les Déboulonneurs comme inacceptable et pour eux, pas question de se plier à une interprétation de la loi à sens unique, toujours en faveur des grosses entreprises privées au détriment du citadin qui en a assez d’avoir des centaines de choses à lire dès qu’il sort promener son chien ou acheter son pain.
Jusqu’à présent, un seul juge a donné raison aux Déboulonneurs, sur une dizaine de procès. Il suffit d’une fois pour ouvrir une brèche et créer ce qu’on appelle une “jurisprudence”, alors il est permis d’imaginer, dans les années à venir, un rééquilibrage entre la volonté des citoyens et la surpuissance présumée naturelle des gros annonceurs et de leurs diffuseurs...
La petite ville de Forcalquier dans le sud-est de la France a franchi un cap important vers cet objectif en devenant, sous l’impulsion du conseil municipal, la première ville française sans pub ! Affaire à suivre.
Approfondir
> http://www.deboulonneurs.org
> article wikipedia sur la désobéissance civile : http://fr.wikipedia.org/wiki/Désobéissance_civile
> article sur Forcalquier, première ville française sans pub : http://www.blog-territorial.com/article-34762640.html











Il n'y a aucun commentaire pour cet article