La jeunesse dépouillée de ses libertés
Écrit par la rédac' Lundi, 16 Mars 2009 17:52
Comme le tout frais Secrétaire d’Etat à la Jeunesse, Martin Hirsch, le faisait récemment remarquer, la jeunesse française en attente d’une autre société n’a souvent en réponse que des interdits. Pour preuve : au moment même où s’ouvre une concertation pour tenter de répondre au mal-être des jeunes, on interdit l’alcool et le tabac aux moins de 18 ans et le téléchargement de musique et de films sur internet. Alors, hasard du calendrier ou message subliminal des responsables politiques ?
Qu’est-ce qu’être libre ? Allez, vous avez 4 heures pour répondre à ça ! Le genre de question qui vous rappelle que la philo est sans aucun doute LA matière pour laquelle la majorité des élèves de terminale ont envie de se lever tous les matins (ou presque).Cette question est plus que jamais d’actualité au moment où la jeunesse française n’a jamais autant exprimé son mal-être, son ras-le-bol et ses doutes quant à l’avenir (27% seulement pensent qu’ils auront une bonne situation professionnelle.) La liberté, c’est bien beau, mais pour quoi faire ? La liberté absolue, c’est le vide. De la à en conclure que les contraintes et les interdits c’est vital, il n’y a qu’un pas. Que certains philosophes ont d’ailleurs allègrement franchi.
Bref, parce qu’une certaine partie de la jeunesse ne sait pas se tenir, la majorité paie. Rassurez-vous (ou déplorez-le, c’est comme vous voulez), c’est pareil dans le monde des adultes ! C’est ce qu’on n’ose pas appeler une “punition collective”.
Un exemple très simple : prenez une cour de récré d’école maternelle. Un jour, un gamin de 4 ans tape un peu fort dans un ballon, celui-ci casse une vitre, un casseau de verre atterrit sur la tête d’un autre gamin. Bilan : panique, petit séjour aux urgences, trois points de sûture. Conséquence : les 97 autres enfants de l’école n’ont plus le droit de jouer au ballon jusqu’à la fin de l’année.
Vous trouvez ça débile ? C’est votre droit. Mais c’est comme ça pour tout ! Quelques jeunes se livrent à un traffic de films piratés sur internet ? On interdit le téléchargement à 62 millions de personnes ! Quelques inconscients boivent à se rouler par terre et à faire un coma éthylique ? On interdit la consommation d’alcool aux moins de 18 ans. Une minorité d’ados se détruisent la santé en fumant un paquet de cigarettes par jour ?
Très facile : on interdit les cigarettes aux mineurs.
Quelle hypocrisie ! Tout ceci voudrait donc dire que passé 18 ans on aurait le droit de se détruire la santé à coup de tabac et d’alcool ? Combien de fois les spécialistes des comportements adolescents devront-ils expliquer que plus les choses sont interdites, plus les comportements à risque des ados augmentent ?
Un jeune privé d’alcool pendant des années, le jour où il aura enfin la possibilité d’essayer, boira beaucoup trop et risquera sans doute beaucoup plus que celui qui aura eu deux ou trois occasions de voire un verre ou deux tranquillement quelques années avant.
Infantiliser tous les jeunes et les pénaliser pour le comportement de quelques-uns est une triste réponse d’une certaine partie du monde adulte à des attentes légitimes : on oublie vite qu’un jeune d’aujourd’hui c’est un adulte de demain, un citoyen, celui qui fera la société dans laquelle on vivra dans 20 ou 30 ans. Le déresponsabiliser et lui serrer la vis alors qu’il est un peu paumé et cherche des repères auprès des adultes pour se construire, c’est un signal négatif. Au moment où d’autres adultes se battent pour une plus grande “autonomie” des jeunes, ce n’est pas très logique...
Réagissez ! Répondez à la question de la semaine !











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