Les lycéens montrent les griffes.
Écrit par la rédac' Mardi, 30 Décembre 2008 13:03
C’est toujours la même rengaine : dès qu’un gouvernement, de droite ou de gauche, propose une réforme qui touche les lycées, un mouvement se forme, le ton monte, les médias, les syndicats et l’opposition soufflent sur les braises et des dizaines de milliers de jeunes descendent dans la rue. Cette nouvelle réforme n’est pas forcément pire que les précédentes, mais le ministre a eu la mauvaise idée de la proposer au même moment que la suppression de milliers de postes d’enseignants...
La fin des filières L, ES et S ? La suppression des maths dans certains choix optionnels ? L’arrivée de la philo - optionnelle - en Première ? La réduction du nombre des heures de cours ? L’arrivée d’heures d’accompagnement personnalisé ?Rien dans ces nouveautés proposées par la réforme ne semble devoir pousser dans la rue des hardes de lycéens révoltés et prêts à manger du CRS. Pourtant, depuis novembre, le mouvement ne cesse de prendre de l’ampleur et de nouveaux rendez-vous protestataires ont été donnés en janvier.
Le vrai problème serait-il ailleurs ? Et plus profond ?
Tout d’abord les effectifs : les lycéens en ont assez d’être traités comme du bétail, entassés à 35 dans des cours où le bon sens pédagogique voudrait qu’ils soient au maximum 20. Or, la bonne idée du ministre Xavier Darcos est de continuer à supprimer des postes de professeurs, prétextant que le nombre de lycéens va diminuer dans les années à venir, alors qu’on nous rebat les oreilles sur la bonne santé de notre natalité depuis plusieurs années.
Ensuite, les lycéens sont sans aucun doute majoritairement révoltés par certains aspects de la politique du gouvernement, notamment vis-à-vis des sans-papiers et des plus pauvres. Depuis quelques semaines, on voit des milliards débloqués pour aider les banques et les grandes industries, et dans le même temps des milliers de personnes virées d’ entreprises pourtant bénéficiaires ou ayant mal géré la crise.
Il n’est pas nécessaire d’avoir 40 ans et Bac + 5 pour comprendre que quelque chose ne tourne pas rond dans notre pays. La crise financière est - à juste titre - interprétée par les jeunes comme la faillite plus globale d’un système gouverné par l’argent et la spéculation, qu’ils rejettent massivement.
Dans cette grosse colère, il n’est pas question d’étiquette politique, même si l’extrême gauche s’engouffre dans le mouvement (comme d’habitude) pour faire passer tout un tas d’idées et pour recruter, et même si différents partis de gauche et du centre s’appuient sur les lycéens pour jouer pleinement leur rôle d’opposants au gouvernement (c’est de bonne guerre, c’est même le fondement de toute démocratie.)
Non, ce mouvement semble avant tout celui d’une nouvelle génération qui n’a pas l’air décidée à avaler les mêmes couleuvres que la précédente sans rien dire : autrement dit, la société qu’on leur propose ne leur convient pas, les valeurs liées à la réussite sociale via l’argent les horripilent, le chacun pour soi dans lequel ils ont pourtant été presque tous élevés les écoeure... bref, ils ne veulent pas endosser le rôle de la prochaine “génération perdue” !
Ce n’est donc pas seulement au Ministre de l’Education Nationale de se méfier de ce mouvement de protestation, mais à l’ensemble des responsables politiques, qu’ils soient locaux ou nationaux, au pouvoir ou pas... car il risque d’être très très contagieux.











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