Les nouveaux maîtres du monde ?
Écrit par la rédac' Jeudi, 08 Décembre 2011 01:34
Certains de vous n'étaient pas encore nés, mais il faut que vous le sachiez : avant que la finance domine le monde dans lequel nous vivons, les gouvernements élus démocratiquement (ou pas, d'ailleurs) étaient à peu près maîtres de ce qui se passait dans leurs pays respectifs. Et un jour, ils ont eu la merveilleuse idée de payer (cher) des agences qui allaient leur attribuer des notes...
Les mots et expressions pour qualifier une telle initiative ne manquent pas : se tirer une balle dans le pied, faire entrer le loup dans la bergerie, masochisme, faire compliqué quand on peut faire simple, etc, etc.
Cela ne vous aura pas échappé, depuis quelques mois dans les médias, on entend parler plus souvent de trois agences de notation financière que de prévisions météo. Et pour cause, ce sont elles qui font la pluie et le beau temps. Quelques centaines d'experts dans des bureaux se tâtent en ce moment même la barbichette pour savoir si, tiens, la République Tchèque ne pourrait pas se prendre un petit coup dans les dents en passant, ou alors si on ne pouvait finalement pas dire à la Grèce qu'elle n'est pas si cancre...
Fitch Ratings, Standard and Poor's et, cerise sur le gâteau, Moody's (en anglais «moody» veut dire «d'humeur changeante, lunatique», CQFD), sont ces fameuses agences de notation financière qui font trembler à peu près tous ceux grâce à qui elles existent et sont devenues surpuissantes et, comble de l'ironie, grâce à qui elles gagnent beaucoup d'argent.
Marrant, non ? Eh bien, non, justement. Evidemment les extrémistes anti-agences de notation n'hésitent pas à aller jusqu'à dire qu'elles sont responsables de la crise économique actuelle. C'est un peu exagéré, mais sans doute pas complètement faux.
Revenons un peu en arrière. Les prestations fournies par ces agences sont nées à peu près en même temps que le capitalisme, c'est-à -dire aux Etats-Unis au début du XIXe siècle. A cette époque, l'industrie ferroviaire explose et des tas d'entreprises loufoques voient le jour et mettent potentiellement en danger les investisseurs. Il paraît alors en effet plutôt logique de mettre en place des systèmes de notation des entreprises pour limiter les risque de confier des fortunes à des rigolos.
Ces agences ne sont alors pas forcément très rigoureuses et ne voient pas vraiment venir la crise économique mondiale de 1929, alors par la suite elles deviennent beaucoup moins sympa avec leurs «élèves». Imaginez un peu un prof de maths qui ne fait pas gaffe à ses notes et dont une classe entière rate l'épreuve du bac à la fin de l'année : on vous laisse imaginer ce qu'il va faire l'année suivante.
En gros, ça ne rigole plus du tout ! Et c'est à partir de ce moment-là que ça dérape : puisqu'on note des entreprises, pourquoi ne pas noter des états, hein ? D'un coup, l'avenir de millions de citoyens se retrouve plus ou moins sur le même plan que celui d'une centaine d'employés d'une entreprise x ou y.
Comme toujours, lorsque tout va bien, personne ne s'offusque de rien et tout le monde se dit que ce n'est pas grave du tout. C'est un peu le syndrome du carrefour dangereux : tant qu'il n'y a pas d'accident, même si des gens disent qu'il est dangereux, ça ne bouge pas. Le jour où il y a un crash avec des morts, on détruit tout et on fait un rond-point.
Sauf que là , il n'est pas envisageable pour les états menacés d'envoyer leur armée devant les bureaux de ces agences et de les raser purement et simplement ! Donc, il faut faire avec et... ça commence à faire un peu beaucoup.
D'autant plus que ces agences continuent à se planter régulièrement et lamentablement : de nombreuses crises et faillites graves ces dernières années, notamment aux Etats-Unis, n'ont pas du tout été anticipées, bien au contraire. A titre d'exemple, une grande entreprise américaine du nom d'Enron a chuté quatre jours après avoir reçu la note suprême par l'une de ces agences. On croit rêver.
La principale conséquence des changements brutaux de notes étant la panique des investisseurs, des marchés financiers, des gouvernements et, en finalité, de chacun de nous, totalement impuissants face à ce véritable «trafic d'influence» plus que flou. De nombreux spécialistes sérieux s'accordent à dire que la baisse constante des notes de la Grèce n'était sans doute pas justifiée et que cela a entraîné ce pays (et l'Europe tout entière) peu à peu dans une spirale infernale.
En d'autres termes, c'est l'histoire du chien qui se mord la queue. Et pour filer la métaphore, on pourrait dire que les agences de notation sont ceux qui mettent la queue dans la bouche du chien...
Approfondir
> Un questions-réponses très intéressant du 6 décembre sur lemonde.fr :











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