Noël, la fête de la carte bleue.
Écrit par la rédac' Lundi, 08 Décembre 2008 11:29
Les fêtes approchent, il va falloir acheter, acheter, acheter... encore plus que d’habitude. Le gadget inutile pour la soeur de la voisine, le DVD de Bienvenue chez les Ch’tis pour le tonton, le dernier CD de bidule truc pour la petite soeur, la dernière console pour le cousin (celle de l’année dernière est archi-dépassée...) Pendant trois semaines, chaque année, la vie semble s’arrêter.A tel point d’ailleurs, que celle d’un employé de grand magasin, aux Etats-Unis, s’est vraiment arrêtée ! Un homme qui meurt piétiné par une foule pressée de rentrer dans un magasin. Si on n’y regarde pas de trop près, on se dit : “Tiens, c’est dans un pays du tiers-monde, les gens devaient mourir de faim, ils se sont comportés comme des bêtes.”
Et bien non, messieurs dames ! De cette supposition, vous ne pouvez garder que la dernière phrase, car cette scène a eu lieu il y a quelques jours lors de l’ouverture des soldes de Thanksgiving aux... Etats-Unis. C’est vrai, quoi, que vaut la vie d’un pauvre agent de sécurité contre une montre à moins 40% de son prix habituel ?
Ah ! Noël ! Cette belle tradition ancestrale qui réunit les familles autour d’un bon repas, qui voit les villes s’éclairer de mille feux, les tensions s’apaiser quelques jours... Depuis une trentaine d’années, c’est aussi (et surtout ?) devenu l’occasion rêvée de faire chauffer la carte bleue, de marcher sur les pieds d’une vieille dame dans les rayons d’un magasin sans s’excuser, de faire la queue une demi-heure à une caisse pour acheter un truc ignoble à votre tante qu’elle aura sûrement revendu avant le 31 janvier suivant.
Une soirée de Noël type dans un pays industrialisé ? C’est simple : prenez 8 invités d’une même famille, dont 3 enfants, cela fait une base de 8x7, soit 56 cadeaux (puisque évidemment chacun doit faire au moins un cadeau à chaque autre), auxquels vous ajoutez 5x3 cadeaux bonus aux enfants, car tout le monde sait qu’un enfant qui n’est pas gavé de cadeaux à Noël est un enfant malheureux.
56 + 15 = 71 ! Soixante et onze paquets à défaire, soixante et onze sourires plus ou moins forcés, soixanteet onze “merci”, soixante et onze “Oh, il y a longtemps que j’en voulais un !” Et je ne vous parle même pas des bises et des photos qui vont (forcément) avec. Bref, plus beaucoup de temps pour apprécier un bon repas et, surtout, le simple bonheur d’être ensemble.
Etre ensemble, dans les pays industrialisés, est visiblement un cadeau qui ne suffit plus. Pourtant, à une époque où tout le monde court après tout (le boulot, le bus, les courses, le ménage, l’école, les activités sportives, culturelles, associatives...), le plus beau cadeau que l’on puisse faire aux gens qu’on aime c’est de leur accorder du temps.
Oui, mais vous oubliez la croissance. Que deviendrait l’économie si plus personne ne se faisait de cadeaux à Noël ? Ou même juste “un peu moins” de cadeaux ?!
Bon, c’est pas sympa de faire le rabat-joie à un moment de l’année où tout bon citoyen qui se respecte doit montrer à tout son entourage combien il est heureux de vivre, mais il faudrait quand même prendre un peu de recul et se poser de vraies questions : dépenser chaque année entre 150 et 300 euros (moyenne pour un ado ?) en cadeaux en quelques jours pour “ne pas décevoir” ses proches, n’est-ce pas une sorte de chantage affectif généralisé, que nous entretenons tous d’année en année ?
Pourquoi ne pas, par exemple, s’offrir un truc à soi-même, qu’on veut depuis longtemps et l’ouvrir devant sa famille : au moins on serait sûr de ne pas se planter de cadeau et d’être sincèrement heureux ce soir-là...











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