Révolutions, décryptage (cette semaine Tunisie & Egypte)
Écrit par la rédac' Jeudi, 03 Mars 2011 23:44
Alors qu'en quelques semaines l'actualité internationale s'est emballée, JOC vous propose un petit retour sur les événements tunisiens et égyptiens. Difficile de comprendre les mécanismes qui font qu'un peuple sous dictature depuis des décennies décide un beau matin que ça doit s'arrêter...
Lorsque l'actualité surprend tout le monde et lorsque des événements s'enchaînent, il n'est pas simple de prendre du recul pour comprendre. A peine commencés, les événements tunisiens sont passés au second plan dans les médias, au profit du soulèvement en Egypte, puis la Libye est passée devant. Sans compter les débuts de protestations en Algérie, au Yémen, à Bahrein, en Iran et maintenant les soubresauts en Chine qui viennent compléter ce tableau agité.
Bref, concentrons-nous déjà sur les deux premiers, en attendant la suite...
Tunisie
A seulement 140 kilomètres de l'Europe, le plus petit état du Maghreb a été un protectorat français dès 1881 et est devenu indépendant en 1956. Il était dirigé depuis 1987 (officiellement 1989) par Ben Ali, élu président avec 99,27% des voix (on ne rit pas ! D'ailleurs il fera mieux en 1994, avec 99,81 %).
Au fil des années, le pouvoir musèle l'opposition, et le chômage et la pauvreté explosent, comme peuvent (peut-être) en témoigner les très nombreux touristes français qui sont allés à de nombreuses reprises se faire bronzer sur les superbes plages d'hôtels 4 étoiles situés à deux pas de villages dévastés par des taux de chômage inimaginables...
Le 17 décembre 2010, alors que la grogne est de plus en plus perceptible, un jeune chômeur s'immole et meurt. S'ensuivent des émeutes dans toute la région, puis dans tout le pays. C'est le syndrôme de la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Intéressant de voir que, comme pour le déclenchement de la Première Guerre mondiale, c'est la mort d'un seul homme qui provoque des réactions en chaîne dans plusieurs pays...
Mi-janvier, Ben Ali tente de calmer le jeu en proposant de devenir un bon démocrate. Mais les Tunisiens ne sont pas dupes et il est un peu tard. Ben Ali quitte la Tunisie, un nouveau gouvernement est nommé, mais comme quelques ministres sont issus du pouvoir précédent, la colère du peuple ne faiblit presque pas et les Tunisiens réclament un gouvernement entièrement nouveau, composé de personnalités n'ayant pas trempé dans le “système Ben Ali” ni de près, ni de loin.
Selon l'Onu, les affrontements auraient fait au total près de 250 morts et, plus d'un mois après la chute de Ben Ali, cinq nouvelles personnes ont été tuées (le samedi 26 février). La non-intervention de l'armée est bien entendu l'une des clés de la réussite de ce soulèvement.
Même si tout est allé très vite, le sang a été le prix à payer pour une liberté qui reste encore bien floue et un avenir soumis à de nombreux aléas sociaux, politiques et économiques. La Tunisie de demain naîtra sans aucun doute dans la douleur, après une longue et confuse gestation.
Egypte
Première grande différence avec la Tunisie : le nombre d'habitants ! Près de 85 millions en Egypte contre 10 en Tunisie. L'Egypte est un royaume, mais aussi une république, indépendante depuis 1922, anciennement sous le joug ottoman, puis britannique.
Hosni Moubarak était président depuis 1981, réélu tous les 6 ans, mais c'est seulement depuis 2005 que le référendum était ouvert à d'autres candidats, la bonne blague !
Le 25 janvier 2011, motivés par la chute de Ben Ali en Tunisie, quelques milliers d'Egyptiens descendent dans la rue pour dénoncer le chômage, la corruption, la pauvreté et la torture. En Egypte, environ 40% de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté (moins de 2 dollars par jour). Ils réclament le départ de Moubarak. Dès ce premier jour on déplore déjà quelques morts parmi les manifestants.
Le mouvement se répand comme une traînée de poudre sur Facebook, qui va jouer un rôle assez important dans la mobilisation des jours suivants (Twitter, lui, a été bloqué). Les Etats-Unis et l'Europe vont rester dans l'indécision pendant un certain temps : même si Moubarak est très critiquable, l'instabilité de l'Egypte, la plus grande puissance du monde arabe, est un vrai danger stratégique pour la région.
Il faudra attendre le 11 février 2011 pour que Moubarak quitte enfin le pouvoir, mais là encore, le gouvernement provisoire nommé ne satisfait pas les manifestants et l'armée qui contrôle la situation n'apporte pas l'assurance que le “système Moubarak” est bel et bien terminé.
En Egypte aussi, l'avenir est incertain.
Les révolutions ne sont pas seulement un risque sur le moment, mais aussi pour l'avenir. Un triste exemple : la chute de Saddam Hussein en Irak a plongé le pays dans un chaos durable dont il peine à sortir. Avec une différence de taille tout de même : les révolutions tunisiennes et égyptiennes sont nées et ont été conduites de l'intérieur. Elles ne sont pas des “importations” américaines...











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