“Welcome” partout, bienvenue nulle part
Écrit par la rédac' Lundi, 06 Avril 2009 19:57
Philippe Lioret, réalisateur du magnifique “Je vais bien ne t’en fais pas” en 2007, vient de sortir “Welcome” dont vous avez forcément entendu parler. D’une part parce qu’il traite d’un sujet (tristement) “à la mode”, les immigrés clandestins, d’autre part parce que Vincent Lindon et Philippe Lioret sont invités à peu près dans tous les médias et, enfin, parce que c’est un très beau film, qui va bien au-delà du sujet qu’il traite.
Ce film aurait pu s’appeler “une vérité qui dérange”, mais d’une part ce titre était déjà pris, d’autre part, le jeu de mot à tiroirs autour de “Welcome” est une pure merveille.
Sujet social d’actualité, l’immigration clandestine nourrit grassement les médias depuis quelques semaines, parfois jusqu’à l’overdose. “Welcome” en a au départ sans doute rebuté plus d’un pour cette raison. Et puis, comme l’a récemment déclaré l’illustre historien du cinéma et cinéaste Bertrand Tavernier, il y a tellement de bons films sur les écrans en ce moment qu’on n’a pas le temps d’aller tous les voir !
Pourtant, la réputation de “Welcome” a fait son chemin et presque tout le monde s’accorde à dire qu’avant d’être un film sur un sujet d’actu, c’est surtout un superbe film, avec des acteurs excellents, une lumière et une photographie proches de la perfection, une réalisation sûre, lente et tranquille qui vous embaume en quelques plans, malgré l’apparente froideur initiale (l’eau, omniprésente, le froid aussi, le terminal de Calais...)
Donc, on pourrait presque dire, finalement, que “Welcome” n’est pas un film sur l’immigration clandestine. Que monsieur le ministre Eric Besson, qui l’a vivement critiqué, n’a peut-être rien compris au film ?
“Welcome” est un film sur l’impuissance de l’individu face aux injustices; un film sur la loi et le droit, sur les failles des systèmes d’organisation qui régissent la vie des hommes, sur les failles émotionnelles et affectives qui régissent les comportements des hommes, sur l’ineffable beauté du hasard qui fait se croiser quelques heures ou quelques jours des personnes que tout oppose.
Aussi un ènième film d’amour qui met en scène deux couples vivant chacun à sa manière une “non-relation” : Bilal qui ne peut pas rejoindre sa copine à Londres et son maître-nageur (on réappréciera la beauté de ce mot, qui prend ici une couleur toute neuve) qui ne peut pas oublier une femme qui ne peut pas l’oublier non plus (mais qui reste à l’écart quand même.)
“Welcome” est un film sur notre époque, sur nos vies. Sur nos doutes et nos errements. Sur nos envies constantes d’aller voir ailleurs sans pouvoir pleinement profiter de l’endroit où nous sommes. Bilal se projette en permanence en Angleterre et Simon a appuyé sur la touche “pause” depuis que sa femme l’a quitté.
Deux personnages principaux qui, donc, ne vivent pas vraiment.
Philippe Lioret s’engouffre une fois encore dans les angoisses existentielles des uns et des autres, sur le thème de l’absence de l’être aimé. Il évite brillamment la moralisation et la culpabilisation en faissant endosser avec talent ce mauvais rôle à son personnage féminin, qui, au cours du film fera “machine arrière” pour protéger son ex-mari, son “toi, évidemment tu ne fais rien” en “arrête, tu en fais trop.”
Réponse de “Welcome” au problème des clandestins : oui, on peut les aider / non, on ne peut pas les aider.
Réponse de normand ou réponse réaliste qui cherche surtout à soulever des questions ? Derniers détails : une des meilleures bandes originales de ces derniers mois, un excellent casting pour les seconds rôles.
Bref, un chef d’oeuvre, quoi.
Sujet social d’actualité, l’immigration clandestine nourrit grassement les médias depuis quelques semaines, parfois jusqu’à l’overdose. “Welcome” en a au départ sans doute rebuté plus d’un pour cette raison. Et puis, comme l’a récemment déclaré l’illustre historien du cinéma et cinéaste Bertrand Tavernier, il y a tellement de bons films sur les écrans en ce moment qu’on n’a pas le temps d’aller tous les voir !
Pourtant, la réputation de “Welcome” a fait son chemin et presque tout le monde s’accorde à dire qu’avant d’être un film sur un sujet d’actu, c’est surtout un superbe film, avec des acteurs excellents, une lumière et une photographie proches de la perfection, une réalisation sûre, lente et tranquille qui vous embaume en quelques plans, malgré l’apparente froideur initiale (l’eau, omniprésente, le froid aussi, le terminal de Calais...)
Donc, on pourrait presque dire, finalement, que “Welcome” n’est pas un film sur l’immigration clandestine. Que monsieur le ministre Eric Besson, qui l’a vivement critiqué, n’a peut-être rien compris au film ?
“Welcome” est un film sur l’impuissance de l’individu face aux injustices; un film sur la loi et le droit, sur les failles des systèmes d’organisation qui régissent la vie des hommes, sur les failles émotionnelles et affectives qui régissent les comportements des hommes, sur l’ineffable beauté du hasard qui fait se croiser quelques heures ou quelques jours des personnes que tout oppose.
Aussi un ènième film d’amour qui met en scène deux couples vivant chacun à sa manière une “non-relation” : Bilal qui ne peut pas rejoindre sa copine à Londres et son maître-nageur (on réappréciera la beauté de ce mot, qui prend ici une couleur toute neuve) qui ne peut pas oublier une femme qui ne peut pas l’oublier non plus (mais qui reste à l’écart quand même.)
“Welcome” est un film sur notre époque, sur nos vies. Sur nos doutes et nos errements. Sur nos envies constantes d’aller voir ailleurs sans pouvoir pleinement profiter de l’endroit où nous sommes. Bilal se projette en permanence en Angleterre et Simon a appuyé sur la touche “pause” depuis que sa femme l’a quitté.
Deux personnages principaux qui, donc, ne vivent pas vraiment.
Philippe Lioret s’engouffre une fois encore dans les angoisses existentielles des uns et des autres, sur le thème de l’absence de l’être aimé. Il évite brillamment la moralisation et la culpabilisation en faissant endosser avec talent ce mauvais rôle à son personnage féminin, qui, au cours du film fera “machine arrière” pour protéger son ex-mari, son “toi, évidemment tu ne fais rien” en “arrête, tu en fais trop.”
Réponse de “Welcome” au problème des clandestins : oui, on peut les aider / non, on ne peut pas les aider.
Réponse de normand ou réponse réaliste qui cherche surtout à soulever des questions ? Derniers détails : une des meilleures bandes originales de ces derniers mois, un excellent casting pour les seconds rôles.
Bref, un chef d’oeuvre, quoi.











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